20.11.2006

présidentielles 2007 l'europe en marche pour l'emploi

Première priorité : réorienter la Construction européenne pour relancer la croissance et l'emploi

Déclaration de Jean-Pierre Chevènement, place de la République, lundi 13 novembre 2006 (Synthèse)



De l'Europe beaucoup de choses dépendent. Contre le chômage on a peut-être « tout essayé » mais dans le cadre de l'orientation libérale commandée par l'Europe telle qu'elle s'est faite jusqu'à présent. Les candidats qui avaient proposé de constitutionnaliser les orientations de la même politique, qui depuis vingt ans a creusé le gouffre du chômage et des inégalités, et les a coupés du peuple, ces candidats font profession aujourd'hui de se remettre à son écoute. Mais force est de convenir que l'Europe n'occupe, en général, qu'une place marginale dans leurs discours.

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La thérapie de choc libérale que concocte en fait et depuis longtemps le candidat de la droite accentuera les difficultés, les tensions et les inégalités. On ne peut pas lui faire confiance pour rassembler les forces vives du pays. Quel crédit accorder en effet à un candidat qui, quand il lui arrive de parler de l'Europe, met en avant M. Barnier qui, comme Commissaire européen, a avalé toutes les couleuvres, à commencer par le projet de directive Bolkestein ?

Quant au projet du PS, dont se réclament les trois prétendants à l'investiture du parti, il est fort ambigu sur l'Europe, où il prône un nouveau traité constitutionnel (page 88), ce qui n'a pas de sens, car une Constitution est faite pour un peuple et non pas pour trente. C'est par avance passer sous les fourches caudines de Mme Merkel qui veut remettre en selle le projet de Constitution rejeté par le peuple français ! La même myopie se manifeste en matière économique : le projet du PS ne dit pas où il trouve les trois à six points de croissance supplémentaires nécessaires à son financement. En particulier, il ne souligne pas assez la nécessité d'élever le taux d'activité en France. Il ne pose pas de manière politique et constructive le problème d'une relance européenne concertée avec l'Allemagne. Bref, comme le Titanic, il ne voit pas les icebergs et c'est ce qui m'inquiète.

Le projet du PS, même s'il comporte des propositions positives, n'est pas à la hauteur. C'est au mieux « un premier jet », à rectifier et à infléchir, une superposition de réformes dont certaines pourraient constituer des avancées, à condition de s'inscrire dans une vision d'ensemble structurée et hiérarchisée, en fonction des défis à relever. Bref, il faut mettre de la cohérence entre les valeurs affirmées et les propositions concrètes. C'est cette exigence de cohérence qui légitime pleinement ma candidature pour mettre la gauche à la hauteur des attentes du pays et bien sûr de ses propres responsabilités. Nous ne devons pas ouvrir la voie à de nouvelles déconvenues. La République, c'est le débat et la campagne présidentielle est, par excellence, l'occasion de présenter à nos concitoyens un projet cohérent.


Pour réorienter la construction européenne, j'ouvrirai cinq chantiers :

1) Premier chantier : le nouveau gouvernement de la France adressera un premier mémorandum européen à Bruxelles et aux douze capitales de la zone euro pour mettre en place un gouvernement économique de la zone euro et organiser, à cette échelle, la relance et la croissance de l'économie.

a) Premier volet : la réforme des statuts de la Banque centrale pour que celle-ci voie inscrits au rang de ses objectifs statutaires la croissance et l'emploi.
b) Deuxième volet : l'attribution à l'Eurogroupe, c'est-à-dire aux ministres des Finances représentant les différents gouvernements responsables devant leurs peuples, de pouvoirs précis en matière de politique monétaire - s'agissant notamment du change -, budgétaire et fiscale.
c) Troisième volet : l'organisation d'une Conférence des Chefs d'Etat pour la définition et la mise en œuvre d'un plan de relance concernant les Universités, la recherche, les grandes infrastructures de transport, la défense et les industries de défense, l'aérospatiale enfin, financé par un emprunt garanti par l'ensemble des Etats-membres.

Le rapport franco-allemand est la condition sine qua non de la réorientation de l'Europe. Il nous faudra gagner l'Allemagne à une conception qui privilégie la croissance interne en Allemagne et en Europe plutôt que la croissance de ses exportations hors d'Europe. L'Allemagne réalise 70 % de ses exportations vers l'Europe au sens large, y compris la Russie, et son PIB est le tiers du PIB européen. Cette réorientation européenne irait dans le sens des intérêts du monde du travail en Allemagne même, où il existe plus de quatre millions de chômeurs mais elle ne correspond pas à la politique actuelle du gouvernement Merkel qui prévoit une hausse de trois points de la TVA et une baisse à 30 % de l'impôt sur les sociétés). Cette politique est celle des milieux dirigeants de l'industrie et de la banque. Elle ne répond pas aux intérêts du monde du travail ni de l'Allemagne elle-même. Il faudra faire prendre conscience à l'opinion publique allemande de la nécessité d'un changement de cap « européen ». Ce sera une de nos tâches.

Le retournement probable de la conjoncture américaine et mondiale peut créer, à bref délai, les conditions favorables à cette réorientation. Nous avons besoin d'une Allemagne européenne. A cette condition nous pouvons accepter non pas une nouvelle Constitution européenne mais un petit traité institutionnel pour faciliter les prises de décision.


2) Deuxième chantier du redressement : Le nouveau gouvernement enverra un second mémorandum européen pour une Europe qui protège à Bruxelles et aux 27 pays membres de l'Union.

Premier volet : la réglementation de la concurrence sera confiée à un organisme indépendant de la Commission. Cette réglementation devra préserver le développement des services publics selon des règles nationalement reconnues et privilégier la constitution de groupes industriels européens compétitifs à l'échelle mondiale. Elle devra défendre l'Europe au lieu de l'ouvrir aux OPA de prédateurs extérieurs.

Deuxième volet : un traité social devra fixer des critères de convergence progressifs en matière fiscale et sociale, contrepartie normale de l'ouverture à la concurrence du grand marché européen et d'aides financières substantielles.

Troisième volet : la reconstruction d'une « préférence européenne » par une réglementation « antidumping social » aux frontières de l'Union. De même en matière de marchés publics, particulièrement dans le domaine de la défense.

Quatrième volet : les traités seront revus pour permettre à l'Union européenne d'émettre elle-même des emprunts pour financer une grande politique d'équipement et drainer l'épargne européenne vers des investissements en Europe.


3) Troisième chantier : faire avancer une Europe de projets à travers soit des coopérations renforcées assouplies, dans le cadre des traités, soit des coopérations spécialisées, en dehors d'eux, dans les domaines les plus divers : recherche – universités – transports – défense – espace – coopération avec le Sud – politique étrangère. Cette coopération à géométrie variable entre les Etats aura valeur d'entraînement pour tous, pour affirmer l'émergence d'un acteur européen stratégique à l'échelle mondiale.


4) Quatrième chantier : faire de l'Europe un facteur de paix dans le monde.

a) Nous devons développer un partenariat stratégique avec la Russie. C'est la paix et l'équilibre de notre continent et du monde qui sont en jeu, nos approvisionnements énergétiques, l'organisation d'une co-prospérité de l'Atlantique au Pacifique. Comme l'a dit Gerhard Schröder : « Les Européens veulent-ils une Russie étroitement liée à eux, politiquement, économiquement, culturellement ? Ou veulent-ils qu'à force de difficultés, cette Russie se mure dans son rôle de puissance asiatique ? ». Ceux qui, comme Nicolas Sarkozy, refusent de « mettre leur main dans la pogne de M. Poutine » (je cite) manquent de vision historique et même de bon sens. Ce sont souvent les mêmes qui veulent isoler et frapper l'Iran. Mais où donc l'Europe ira-t-elle chercher le gaz qui jouera, chacun le sait, un rôle croissant dans son approvisionnement énergétique ?

b) Au Proche et au Moyen-Orient l'intérêt de l'Europe c'est aussi une paix qui reconnaisse à chaque peuple ses droits : il ne saurait y avoir un droit international à plusieurs vitesses : droit au développement – c'est le cas de l'Iran -, droit à disposer d'un Etat viable – c'est le cas du peuple palestinien –droit à la sécurité, ce qui est particulièrement vrai pour Israël, droit sur lequel il doit être clair que nous ne saurions transiger. Rien ne saurait justifier à ce sujet les propos du président Ahmadinenejad. L'avenir du monde n'est pas dans la confrontation mais dans le dialogue des cultures et des civilisations.

c) Dans ce monde pluriel dans lequel des puissances nouvelles émergent (Inde – Chine – Brésil), une « Europe européenne », c'est-à-dire existant par elle-même, a un rôle irremplaçable à jouer. Alliée des Etats-Unis certes, mais non leur vassale ! L'Europe redressée, c'est aussi cela !


5) Cinquième chantier de redressement de la construction européenne : Une Europe tournée vers le Sud et notamment vers l'Afrique.

Il s'agit de faire de la coopération Nord-Sud, et pas seulement de l'élargissement vers l'Est, un axe majeur de la politique européenne.
- Relance du processus euro-méditerranéen.
- Réunion des chefs d'Etat d'Europe et d'Afrique. Des initiatives pour le co-développement sont à prendre rapidement : ouverture du marché européen en franchise de douane aux produits fabriqués en Afrique, relance de l'aide publique au développement des infrastructures (eau – santé – transports), remises de dette, formation de cadres, organisation de flux temporaires de migration de travail.

Pour mener à bien cette réorientation d'ensemble et notamment la renégociation de certaines dispositions des traités européens existants, il faudra à la fois la détermination d'un gouvernement appuyé sur la volonté populaire et une grande puissance de conviction. Il n'y a pas de traité qui ne puisse se renégocier. Le peuple français a exprimé une claire volonté le 29 mai 2005. Chaque gouvernement européen, chaque force politique représentative devra se déterminer par rapport aux deux mémorandums qu'aura fait connaître à l'opinion publique européenne le gouvernement français. C'est devant l'opinion publique que cette réorientation doit être débattue.

Si aucune renégociation ne pouvait aboutir, il ne saurait être exclu de suspendre certaines clauses des traités, je pense en particulier aux clauses relatives à la concurrence et aux services publics. Dans cette hypothèse, le peuple français serait bien évidemment saisi par la voie du référendum populaire. Celui-ci doit être utilisé à bon escient, mais la force de la démocratie gagnerait à ce que le référendum soit utilisé plus fréquemment, contrairement à l'idée émise par M. Sarkozy qui préfèrerait s'en passer. C'est une forme de démocratie directe, qui permet l'expression incontestable de la volonté populaire ! Il ne faut pas avoir peur du peuple.

Lundi 13 Novembre 2006
Jean-Pierre Chevènement

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