26.11.2006
PRESIDENTIELLES 2007 ANTICIPER l'ADAPTATION DES EMPLOIS INDUSTRIELS
Automobile . À Forest, près de Bruxelles, les ouvriers sont assommés par l’annonce de 4 000 suppressions d’emplois dans l’usine d’assemblage automobile du constructeur allemand.
Forest (Belgique),
envoyée spéciale.
Pour la Belgique, l’annonce faite mardi par Volkswagen est une catastrophe nationale.va saigner le site de Forest de 4 000 emplois, les trois quarts de son effectif. Sur ces 4 000 salariés, seuls 600 ont plus de cinquante ans et sont susceptibles de bénéficier de conditions de préretraite favorables. Pour les 3 400 autres, et pour cette région accablée par le chômage, l’avenir est sombre. Pourtant, tout est calme devant les grilles de l’immense usine qui s’étend sur deux kilomètres de ce faubourg de Bruxelles, et où quelques centaines de travailleurs se réchauffent autour d’un feu de palettes. Dans le poste de sécurité, les vigiles ont laissé la place aux délégués en rouge - pour la FGTB, socialiste - et vert - pour la CSC, chrétienne - qui se relaient pour faire des rondes dans l’usine : « on veut protéger l’outil de travail et éviter les coups de chaud », explique Philippe, tôlier. Olivier, monteur : « on veut décourager les casseurs. Si on casse le stock, ce sont des enveloppes sociales en moins pour les salariés licenciés. » « Le personnel est nerveux et très amer », explique Manuel Castro, un responsable de la métallurgie FGTB. « C’est important de rester calme afin que ni la population ni les médias ne se retournent contre nous lors des négociations. » Quelques-uns ont essayé d’escalader les grilles dans la matinée, mais les syndicalistes les en ont empêchés. Parfois, le portail s’écarte pour laisser passer des palettes qu’on jette sur le feu dans un tourbillon d’étincelles. À l’intérieur des hangars, le « trésor de guerre », un millier de Golf figées dans leur processus de montage sur les chaînes qui zigzaguent dans l’usine. Derrière les grilles, une carcasse de Golf inachevée, transportée ici depuis sa ligne, et un tapis jonché de détritus. Un ouvrier commente : « Une poubelle, c’est un peu là où nous a mis VW », prononcé « véoué ». Le calme n’empêche pas la vigilance et la riposte. Les syndicats ont déjà prévu d’appeler à une « manifestation internationale », à Bruxelles, le 2 décembre.
Mardi, à l’annonce des suppressions d’emplois prévues par VW, on a vu des gros durs tomber en larmes dans les bras de leurs voisins même pas embarrassés. Aujourd’hui, ils sont sonnés, abattus, discutent un peu, et parfois tellement discrètement qu’on doit se retourner pour vérifier qu’ils sont toujours là. Il règne un calme tendu.
Des ouvriers abattus et trahis
Un groupe a tenté une manifestation dans les rues de Forest, avant de revenir vers la chaleur du piquet de grève et des cafés alentour. Un pétard de temps en temps, des discussions qui s’animent un peu sur l’analyse de la crise : « Qu’est-ce que tu veux que je propose, je suis simple ouvrier, je n’ai pas de diplôme d’économie ! » s’échauffe l’un d’eux. « C’est fini ici, l’usine va fermer », lance un autre. « C’est calme, mais revenez lundi, quand ne seront plus payés que 25 euros par jour, l’indemnité de grève, ça pourrait changer », prévient un ouvrier. Cette semaine, alors que l’usine est à l’arrêt, VW a accepté de payer aux ouvriers leur salaire normal.
Mercredi matin, l’assemblée générale organisée par les syndicats pour informer les salariés, déjà au courant depuis la veille, a rassemblé deux à trois mille salariés sur un effectif de 5 400. « Qu’est-ce qu’on fait ? Une grève, une manif ? » s’interrogent les uns. « Merci l’Europe sociale », clament les autres. « On ne se laissera pas faire. La direction doit mettre de l’argent sur la table avant que la première personne ne quitte l’entreprise », insiste un délégué. C’est ce que les salariés veulent entendre. Luc, un ouvrier : « On veut du concret, savoir combien on touchera en prime de départ, et si les plus anciens auront droit à la prépension. » C’est la retraite anticipée, dont une réforme a récemment durci les conditions : il faut désormais avoir cinquante ans bien sonnés pour en bénéficier.
« ça fait plusieurs semaines qu’on nous a baladés en nous cachant des informations », lâche Philippe, tôlier, seize ans d’ancienneté. « On va se battre pour une prime : il paraît qu’on ne toucherait que 22 000 euros, alors que les salariés allemands de VW en avaient touché 150 000 à 200 000 lors d’une restructuration chez eux. » En l’absence d’informations précises, les rumeurs les plus folles circulent sur les primes que les ouvriers pourraient toucher, et surtout sur celles dont ils pourraient être privés par le « patriotisme économique » allemand. Pour beaucoup, ici, les Allemands sont la cause du désastre. Un ouvrier résume : « C’est la faute à Angela », Angela Merkel, la chancelière allemande, qui a promis qu’elle ferait baisser le chômage en rapatriant l’emploi en Allemagne. Beaucoup ici estiment qu’ils paient les sacrifices sur le temps de travail consentis par le syndicat IG Metall, qui les aurait échangés contre un renforcement de l’emploi dans les usines locales du groupe. Dans l’après-midi, un délégué grimpe sur la voiture derrière les grilles pour annoncer que le syndicat IG Metall a envoyé un message de solidarité dans lequel il condamne la stratégie du groupe. « Ah, bravo les gars », soupire un ouvrier qui n’y croit qu’à moitié.
Une usine performante
Le coup est d’autant plus dur que personne ne croit à la survie du site avec les 1 500 salariés qui devraient y rester. « C’est une fermeture déguisée, ça fait moins mal de l’annoncer en deux fois, mais ce qui restera n’est pas viable », explique Raymond. « Un site de cette taille, on n’imagine pas qu’il peut tourner à moitié. L’usine peut produire 130 000 véhicules par an, et on ne nous annonce que 60 000 Polo. Et la Polo, elle arrive quasi assemblée sur le site, la tôlerie terminée. »
Au nombre des scénarios qui circulent parmi les salariés, il y a celui qui verrait VW relancer un modèle sur les lignes belges en 2008, « en réembauchant en intérim ceux qui vont être licenciés, à 1 200 euros par mois au lieu de 1700, et en supprimant tous les acquis », pronostique Raymond. « Mais on ne reviendra pas. On a trop donné. On est allé aux 35 heures, mais on les a payées : blocage des salaires, la flexibilité, nos délégués sont en réunion constante avec les patrons qui leur demandent d’adapter les conditions de travail. On est la seconde entreprise VW la plus productive d’Europe ! » Une performance qui a fait dire à Guy Verhofstadt, le premier ministre Belge : « je suis déçu de constater que ce sont essentiellement des considérations nationales qui constituent le fondement de cette décision. »
Hier après-midi, syndicats et direction ont entamé, en l’absence de la direction allemande, un conseil (comité) d’entreprise. « On va d’abord discuter de l’emploi avant de discuter sur le plan social », a déclaré Jan Van Der Poorten, le délégué principal FGTB de Forest. « Et même le plein-emploi. C’est peut-être utopique, mais nous partirons de ce point-là. »
Lucy Bateman
C’est tout le tissu économique et social d’une région qui est affecté.
Dix ans après Villevoorde et ses 3 000 suppressions d’emplois, le nouveau coup porté par VW à l’industrie de l’assemblage automobile belge aura des répercussions catastrophiques chez ses sous-traitants. Pour Marc Jespers, responsable CSC Metal pour les fournisseurs de VW, « il existe des menaces de restructuration ou de fermeture de l’entreprise Faurecia, un sous-traitant exclusif de VW Forest ». Installé non loin de l’usine donneuse d’ordres, Faurecia produit pour elle des garnitures de portes. La société n’est pas la seule menacée, selon Marc Jespers. Arvin Meritor pour les portes, Decomas pour les pare-chocs, Schedll qui livre des roues, ou encore Inergy, Key Plastic, Tenneco ou AFL, il faut multiplier par deux le nombre d’emplois directement menacés par l’arrêt de l’assemblage des Golf à Forest, selon le syndicaliste. Sans compter les emplois liés au nettoyage, à la restauration, les cafetiers et les commerces qui entourent l’usine. Et l’Automotive Park, le parc fournisseurs créé il y a un an et demi à Forest, à grand renfort de fonds publics - 35 millions d’euros - et qui devait assurer pour de bon la pérennité de l’usine Volkswagen sur le site. Un parc qui n’a pas vraiment convaincu les sous-traitants, puisque ni Faurecia, ni Meritor, ni Decomas n’ont voulu s’y installer. En tout, la décision de VW de rapatrier l’assemblage des Golf dans ses deux usines allemandes pourrait détruire pas moins de 10 000 emplois. Les syndicats belges sont particulièrement inquiets pour les salariés des entreprises sous-traitantes : des ouvriers jeunes, peu qualifiés, dont les primes de départ seront loin de celles touchées par les travailleurs de Volkswagen.
L. B.
13:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielles 2007, politique, politique critique, royal, dsk, fabius, sarkozy




Les commentaires sont fermés.