27.11.2006

Présidentielles 2007 Ségolène ROYAL décrite par MONTEBOURG

 
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"De la vieille chrysalide, le papillon est sorti

cette nuit" Arnaud Montebourg était l’invité

de Christophe Barbier sur LCI le 17 novembre

21 novembre

Arnaud Montebourg était l’invité de Christophe Barbier, LCI, vendredi 17 novembre 2006.

CHRISTOPHE BARBIER Arnaud MONTEBOURG, bonjour.

ARNAUD MONTEBOURG Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER Plus de 60 % pour Ségolène ROYAL, dont vous êtes le porte-parole. Que s’est-il passé au parti socialiste ?

ARNAUD MONTEBOURG Je crois que les militants ont voulu tourner la page d’un certain nombre de querelles, d’histoires qui ont finalement empêché que le parti ne se transforme. Vous savez, de la vieille chrysalide, est-ce que le papillon allait sortir ? Il est sorti cette nuit. Et finalement, ce que Ségolène ROYAL a entraîné derrière elle pendant cette année qui vient de s’écouler, c’est ce que nous aurions dû faire tous ensemble pendant 4 ans, c’est-à-dire reposer les problèmes, reconstruire des réponses politiques et organiser en quelque sorte un socialisme rénové. Et c’est ce qui est en train de se passer sous nos yeux et ce qui s’est passé hier soir.

CHRISTOPHE BARBIER Est-ce qu’elle n’a pas aussi tourné la page du mitterrandisme, c’est-à-dire non pas seulement ce qui aurait dû être fait après le 21 avril 2002 mais 35 ans d’histoire du parti qui change ?

ARNAUD MONTEBOURG Je n’irai pas jusque-là, je pense que sa candidature s’est construite sur le 21 avril 2002, les leçons qu’il fallait en tirer. Je ne pense pas qu’elle se soit construite en décalage avec l’héritage François MITTERRAND qui appartient à une époque avec d’autres problématiques qui nécessitaient d’autres réponses. Donc, je ne pense pas que cela soit une remise en cause.

CHRISTOPHE BARBIER C’est un parti tout de même plus à droite, avec des notions d’ordre, d’autorité, un discours sur la sécurité qu’elle porte, qui vous décale vers la droite.

ARNAUD MONTEBOURG Je ne pense pas cela. D’abord parce que la question de la sécurité, toutes ces questions qui d’ailleurs ont été abandonnées pendant des années par le parti socialiste, d’une certaine manière, à la droite ou à des anciens alliés de la gauche plurielle, était revisitée par Ségolène ROYAL, en disant : “ les problèmes dans la société ne sont pas de droite ou de gauche, il y a des réponses de droite et des réponses de gauche, et nous devons répondre à ces problèmes ”. Et de ce point de vue-là, elle a reconstruit des réponses politiques. Le projet socialiste qui nous encadre, qui structure les conditions du rassemblement de l’ensemble des...

CHRISTOPHE BARBIER Il est devenu caduc ce projet aujourd’hui.

ARNAUD MONTEBOURG Ne croyez pas ça, car il est la garantie que tous les socialistes (qui sont les mêmes qui ont voté il y a quelques mois pour ce projet) ont voté pour Ségolène ROYAL. Ce projet est le cadre dans lequel nous travaillons, et c’est la garantie du rassemblement.

CHRISTOPHE BARBIER Est-ce qu’elle n’est pas surtout la candidate des sondages, la candidate des images dans une politique aujourd’hui extrêmement médiatisée, qui est plus une compétition de personnes que d’idées ?

ARNAUD MONTEBOURG On ne peut pas le dire parce que d’abord, elle défend des positions politiques, des idées, elle défend aussi des méthodes pour traiter les problèmes, et elle a montré par ailleurs un charisme exceptionnel.

CHRISTOPHE BARBIER Alors quel message adressez-vous aujourd’hui, comme porte-parole de Ségolène ROYAL, à Dominique STRAUSS-KAHN et à ses amis, à Laurent FABIUS et à ses amis, c’est-à-dire aux battus ?

ARNAUD MONTEBOURG Je tends la main à tous les militants qui ont fait d’autres choix, en leur disant : les messages que vous avez voulus envoyer, ce sont les messages de la famille socialiste, ce sont les messages de la candidature que nous allons porter ensemble forcément ”. Lorsque Laurent FABIUS parlait de la question du pouvoir d’achat, c’est une question centrale dans la campagne...

CHRISTOPHE BARBIER ...C’est un peu “ embrassons-nous folle ville ” ce matin tout de même...

ARNAUD MONTEBOURG Il n’y a pas « d’embrassons-nous folle ville », il y a des socialistes qui appartiennent à la même famille politique qui avancent ensemble, et qui ont besoin de se rassembler pour gagner.

CHRISTOPHE BARBIER Y compris Lionel JOSPIN et ses proches, ils ont leur place ?

ARNAUD MONTEBOURG La question n’est pas tel ou tel, la question c’est tous les militants socialistes ont maintenant une candidate, c’est cette candidate qui doit l’emporter, et nous devons nous donner la main pour le faire.

CHRISTOPHE BARBIER Alors il y a un an presque jour pour jour, au congrès du Mans, vous refusiez justement la synthèse, vous étiez le perdant de ce congrès. Pour vous aujourd’hui, c’est une revanche personnelle ?

ARNAUD MONTEBOURG Ségolène ROYAL a réouvert beaucoup de dossiers qui avaient été verrouillés, d’une certaine manière, dans l’appareil du parti socialiste...

CHRISTOPHE BARBIER Vous aviez échoué, elle a réussi...

ARNAUD MONTEBOURG Nous avons essayé de rénover le parti à l’intérieur de l’appareil. Elle, elle vient d’y parvenir là où nous nous sommes, nous, enlisés.

CHRISTOPHE BARBIER Elle a toujours été accueillie avec scepticisme par la gauche de la gauche, du côté de CHEVENEMENT, du côté des communistes, même de certains écologistes. Quel message adresser à ceux qui vous seront nécessaires au second tour ?

ARNAUD MONTEBOURG Je ne dirai pas cela. Les écologistes ont compris qu’il y avait un véritable changement de donne, dans l’offre politique du parti socialiste, sur la question environnementale, ce qu’incarne parfaitement Ségolène ROYAL. Jean-Pierre CHEVENEMENT a dit des mots extrêmement sympathiques sur le fond à l’égard de Ségolène ROYAL, les communistes eux-mêmes sont partagés, il y a des positions altermondialistes chez Ségolène ROYAL qui sont tout à fait intéressantes pour cette mouvance. Donc, nous assistons à une reconstruction politique de l’offre du parti socialiste dans le pays.

CHRISTOPHE BARBIER Il faut 3 C, dit-on, pour être président de la République : charisme, courage, compétence. Charisme et courage, elle l’a prouvé, compétence, elle est souvent critiquée. Est-ce qu’elle manque d’idées, est-ce que vous allez lui servir de logiciel ?

ARNAUD MONTEBOURG Elle ne manque pas d’idées...

CHRISTOPHE BARBIER Quand vous allez sur son site Internet, il n’y a plus rien depuis le mois de septembre...

ARNAUD MONTEBOURG Mais enfin...

CHRISTOPHE BARBIER Son livre, elle ne l’a pas publié...

ARNAUD MONTEBOURG Depuis quand on juge un candidat à son site Internet...

CHRISTOPHE BARBIER Depuis qu’elle a inventé la démocratie participative...

ARNAUD MONTEBOURG C’est une nouveauté. Je dois vous dire qu’à chaque fois qu’elle a été attaquée sur ses compétences, l’affaire iranienne l’a montré, beaucoup d’experts ont montré qu’elle était sur la ligne du droit international, de l’ONU, de l’Union européenne et des mécanismes de contrôle internationaux s’agissant de la question iranienne. Le procès en incompétence devient inacceptable, elle a des positions tout à fait mesurées, fermes qui appartiennent au champ de la connaissance commune.

CHRISTOPHE BARBIER Est-ce qu’elle a autour d’elle une équipe suffisante, en terme de futur gouvernement ?

ARNAUD MONTEBOURG Le parti est lui-même prêt à assumer les responsabilités avec l’ensemble de sa diversité, son projet, ses positions politiques. Les discussions qui ont commencé, il y a maintenant longtemps, elles-mêmes vont se poursuivre sur la mise en œuvre de ce projet.

CHRISTOPHE BARBIER Elle doit se reposer jusqu’au début 2007, disparaître, voyager, travailler ?

ARNAUD MONTEBOURG Nous avons beaucoup de choses à faire.

CHRISTOPHE BARBIER Elle a un peu esquivé le combat avec ses rivaux au PS, pour que ça ne s’envenime pas, elle ne pourra pas le faire avec Nicolas SARKOZY, elle va devoir l’affronter dans un vrai face-à-face. Est-ce qu’elle est prête ?

ARNAUD MONTEBOURG Elle a mesuré toute la profondeur de la responsabilité qu’est la sienne dans la période qui s’ouvre.

CHRISTOPHE BARBIER Et comment on affronte Nicolas SARKOZY ?

ARNAUD MONTEBOURG D’abord en montrant ce qu’il est, un bilan désastreux, une passion exclusive pour lui-même, la France étant un sujet annexe pour Nicolas SARKOZY, une sorte de prétexte pour son ascension personnelle, des idées extrêmement préoccupantes, atlantistes, berlusconiennes, et d’une certaine façon ultralibérales à la THATCHER. Nous avons là en effet un adversaire redoutable.

CHRISTOPHE BARBIER Sur quels thèmes reconquérir les couches populaires qui ont tant fait défaut à Lionel JOSPIN, le 21 avril 2002 ?

ARNAUD MONTEBOURG La question du pouvoir d’achat est une question centrale, le partage de la richesse et le partage du pouvoir. Les deux questions de la présidentielle de 2007.

CHRISTOPHE BARBIER Plus que la sécurité, qui était aussi la question majeure de 2002...

ARNAUD MONTEBOURG La question de la sécurité doit faire l’objet des réponses politiques dans le cadre de la reconstruction de la République, et ce sera le cas.

CHRISTOPHE BARBIER Y a-t-il un message à adresser aux électeurs du Centre qui, sur certaines valeurs (notamment familiales, éducatives) peuvent se reconnaître dans Ségolène ROYAL ?

ARNAUD MONTEBOURG Ce n’est pas un message à l’égard du Centre ou d’ailleurs, c’est un message à l’égard de toute la société française. Sur la question éducative, la gauche a des choses à dire et des choses à faire, sur la question de la famille, ce n’est pas des thèmes qui sont en monopole sous-traités à la droite, ce sont en quelque sorte des questions qui concernent tous les Français, y compris ceux de gauche.

CHRISTOPHE BARBIER Vous étiez pour le “ non ” au referendum du 29 mai 2005, elle était pour le “ oui ”, donc on ne va pas parler d’Europe au PS pendant cette campagne pour ne pas se fâcher ?

ARNAUD MONTEBOURG Ségolène ROYAL a dépassé ce clivage, et elle a pris des positions politiques qui étaient assez proches d’ailleurs sur la question européenne du centre de gravité du parti, qui a tiré les leçons de la victoire du “ non ” le 29 mai 2005. Pause sur les futurs élargissements, disait-elle, remise en question du pacte de stabilité budgétaire, réforme de la Banque Centrale Européenne, constitution d’un gouvernement économique, grandes directives sur les services publics, ce sont des positions qui en quelque sorte... appartiennent à la victoire du “ non ”.

CHRISTOPHE BARBIER Comme candidate officielle, légitime du parti socialiste, ne doit-elle pas immédiatement demander l’exclusion de Georges FRECHE du parti, après ses propos sur l’équipe de France et les Noirs au sein de l’équipe de France ?

ARNAUD MONTEBOURG Cela relève de la responsabilité du parti, et je dois vous dire que nous en avons assez des déclarations insupportables de cette nature. De ce point de vue-là, le parti doit faire son travail et assumer son rôle de sanction.

CHRISTOPHE BARBIER Arnaud MONTEBOURG merci, bonne journée.

ARNAUD MONTEBOURG Merci.

>>> Voir la vidéo de l’entretien sur le site de LCI

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