28.11.2006
PRESIDENTIELLES 2007 comment aider l'AFRIQUE?
La campagne est lancée depuis des mois maintenant. un thème semble faireconsenssus, c'est l'AFRIQUE.
Tous les candidats admettent que pour stabiliser les populations et endiguer les flux migratoires il n'y a qu'une seule solution le développement économique de ce continent.
Qualifé de CO-DEVELOPPEMENT pour élilminer toute notion de colonialisme ou de néo colonialisme, il est parfois interressant de demander aux élites de ce continent la manière dont ils envisagent eux la situation et l'avenir de leur continent.
l'actuel Président du SENEGAL en donnait une vision très pertinente et demande de ne pas voir l'AFRIQUE avec les grosses lunettes des Occidentaux.
http://www.african-geopolitics.org/home_french.htm
Abdoulaye Wade*
L’AFRIQUE, PARIA OU PARTENAIRE ?
Entretien avec Charles Zorgbibe**
Charles Zorgbibe – Le « Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique » (Nepad), dont vous êtes l’un des « pères », affirme haut et fort « la nouvelle volonté politique des dirigeants africains ». Faut-il faire la part de la rhétorique, voire du verbalisme africain ? J’entends le chœur des sceptiques : encore un plan pour l’Afrique ! De tels plans ont été nombreux dans le passé. Pour quels résultats ?
Abdoulaye Wade – C’est une objection classique. La réalité nouvelle, c’est que le Nepad a pour auteurs des chefs d’État. Ce plan provient de la fusion du plan Omega, que j’avais conçu, et du Millenium, dont les initiateurs étaient les présidents Obasanjo du Nigeria, et Mbeki d’Afrique du Sud, auxquels s’étaient joints Bouteflika d’Algérie et Moubarak d’Égypte. Deux initiatives simultanées, dues à des chefs d’État, et non à des experts ou à la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique.
Les plans précédents étaient faits pour être rangés dans des tiroirs. Ils n’ont même pas connu de tentative d’exécution, même pas un infime commencement d’exécution ! Cette fois, le plan est rédigé par ceux qui décident. En toute connaissance de leurs dossiers, des chefs d’État africains proposent une association au secteur privé et au secteur public étrangers.
C. Z. – Lors de votre visite officielle en France, au printemps dernier, vous sembliez exclure la fusion des deux plans…
A. W. – Dans leur esprit, les deux plans étaient loin d’être identiques. Mon plan Omega était rigoureux, d’une rigueur presque arithmétique dans ses objectifs et pragmatique par sa méthode. Le plan de « renaissance de l’Afrique pour le millénaire » était empreint du romantisme de Thabo Mbeki, au sortir du combat contre l’apartheid, et d’Olusejun Obasanjo, qui a mis fin à une lourde série de dictatures au Nigeria.
Mais nous ne pouvions nous présenter désunis face à la communauté internationale. Nous devions parler d’une seule voix. La synthèse a été réalisée, après 48 heures d’intenses discussions, à Pretoria, les 2 et 3 juillet 2001.
C. Z. – Vous mettez l’accent sur la nature non pas inter-étatique, mais inter-régions du plan.
A. W. – Notre base opérationnelle est la grande région africaine. Dès la réunion constitutive de l’Organisation de l’unité africaine, à Addis-Abeba en 1963, Senghor avait distingué cinq grandes régions : les Afriques du Nord, de l’Ouest et de l’Est, les Afriques centrale et australe.
Ce découpage nous donne des bases beaucoup plus larges. Comment un petit État africain, parfois de la surface de deux départements français, pourrait nouer des relations avec l’une de ces entreprises multinationales atteintes de gigantisme ?
C. Z. – Quelles sont les priorités du Nepad ?
A. W. – Jusqu’ici, en Afrique, tout était prioritaire ! Cette fois, il nous fallait faire des choix, à même de nous mettre en situation de compétition.
Bien entendu, le grand problème est d’obtenir les financements nécessaires. La Libye a réalisé de grands travaux sur son sol, car l’argent était là.
Nos priorités doivent être définies. D’abord, les infrastructures. Puis l’éducation, la formation. C’est fondamental : le Japon, Taïwan, la Corée, Singapour l’ont prouvé. Le premier ministre du Japon me disait récemment : « Nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des hommes et des femmes bien formés. » Les présidents de Corée ou de Taïwan s’expriment de la même manière. Tous ces pays ont émergé grâce à leur système d’éducation et de formation.
Il y a deux ans, lorsque je suis arrivé aux affaires, j’ai eu des difficultés à imposer ces vues. Je voulais donner une aide financière à tous les étudiants sénégalais. On m’a dit : vous aussi, vous voulez faire du « social » ; vous le libéral, vous voulez mettre vos pas dans ceux des socialistes sénégalais ! J’ai répondu que donner une bourse à un étudiant sénégalais, c’était faire un investissement !
C.Z. – Reprenons la liste des priorités du Nepad…
A. W. – La santé, de toute évidence. Et d’abord la prévention, qui est plus importante que la « cure » et qui nous permet de dépenser moins. Dès mon accession au pouvoir, j’ai rebaptisé le ministère concerné en « ministère de la santé et de la prévention ».
Puis les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ici, la Tunisie est le pays le plus avancé d’Afrique.
Enfin, l’environnement. Je n’insisterai pas sur la désertification : le désert gagne chaque année.
C. Z. – Le voyageur peut le constater en faisant, à quelques années de distance, le trajet Dakar-Saint-Louis.
A. W. – Hélas ! Mais nos côtes aussi s’effritent, que ce soit au Sénégal, en Mauritanie, au Maroc. Pour juguler l’avancée de la mer, il nous faut un à deux millions de francs CFA – de 1 500 à 3 000 euros, par mètre de rivage !
C. Z. – Mais pourquoi ce mot d’ordre d’ « accès au marché des pays développés », scandé par le Nepad ?
A. W. – Parce que, pour nous équiper, il nous faut exporter. L’agriculture aurait pu permettre des productions annuelles sûres. Nous avons un marché virtuel dans le monde développé : les amateurs de produits bio. Mais nous ne pouvons pas concurrencer les produits européens, qui sont subventionnés. De plus, ils viennent parfois nous concurrencer chez nous. Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Mike Moore, vient de faire un aveu extraordinaire, lors d’une réunion à Nairobi : « Si l’Occident supprimait les subventions à ses agriculteurs, l’Afrique gagnerait en recettes d’exportations trois à cinq fois l’aide au développement qu’elle reçoit, et neuf à dix fois les remises de dette qui lui sont accordées ».
Je le redis : véritablement, je ne vois pas comment l’Afrique pourrait se développer si elle n’exporte pas. C’est un impératif catégorique.
C. Z. – Vous insistez sur le financement privé.
A. W. – La première tâche est à la charge du Nepad. Nous devons « confectionner » des projets concrets. Dans chaque grande région, les ministres spécialisés contribuent à l’élaboration de projets concrets que nous proposerons ensuite au secteur public, mais aussi au secteur privé international. C’est la grande originalité du Nepad : faire appel au secteur privé. C’est mon apport personnel, ma perspective subjective de libéral africain.
C. Z. – Quelle est la place du secteur privé des pays africains ?
A. W. – Nous nous adressons, désormais, aux patronats africains. J’ai réuni à Dakar les principales confédérations patronales. Je leur ai lancé : « Vous devez prendre vos responsabilités ! Nous n’allons pas travailler, pendant un siècle, avec le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale ! Nous, nous avons une vision. Nous savons où nous allons. Alors que les petits bureaucrates du FMI ou de la Banque mondiale pensent que leurs petits conciliabules vont durer éternellement ! »
C. Z. – Comment vos investissements peuvent-ils profiter aux pays développés ?
A. W. – Nous allons faire appel aux entreprises des pays développés. Très largement. Pas exclusivement, mais très largement. Ces investissements vont profiter aux pays développés. On peut faire des simulations. Les entreprises privées du monde développé doivent soutenir le Nepad : c’est leur intérêt.
C. Z. – Le « nouveau partenariat » serait donc un appel à la responsabilité de tous les acteurs.
A. W. – Oui. Pour la première fois, l’Afrique s’avance unie, avec une stratégie de développement qu’elle a élaborée elle-même. Cette stratégie, nous la proposons au reste du monde. Nous voulons tirer parti de la mondialisation, en préconisant l’ouverture inter- nationale, des politiques économiques saines, une bonne gouvernance qui peut inclure une « pression des pairs » sur les régimes contraires à l’État de droit.
C. Z. – Le respect de l’État de droit instaurera la confiance chez les investisseurs étrangers.
A. W. – La confiance des investisseurs repose sur la stabilité à long terme. En fait, cela ne dépend que de nous. Il nous faut une volonté politique, la volonté de construire des régimes démocratiques et de combattre la corruption. Un directeur de banque me confiait : « je laisse ici, en Afrique, le minimum de fonds, de peur d’être saisi ». Quelle tristesse ! Il nous faut rassurer, créer les conditions de la sécurité des investissements. À cette condition, l’Afrique sera considérée comme un partenaire, et non comme un paria.
Mais rien n’est simple. Il y a parfois des quiproquos. À trop surveiller nos faits et gestes, le monde extérieur finit par commettre des erreurs d’interprétation. Je vous donne un exemple. Le « juge suprême » de Guinée-Bissau a été relevé de ses fonctions par son gouvernement. Grande émotion en Europe ! En réalité, le juge suprême était un corrompu. Son éviction va permettre un progrès des pratiques démocratiques.
C. Z. – Venons-en au sommet des pays industrialisés, au fameux G8.
A. W. – Nous avons exposé le Nepad devant le G8, le 22 juillet 2001, lors du sommet de Gênes. Notre plan a été entériné dans son principe. La discussion va reprendre, plus précise, à la fin juin, lors du sommet de Kananaskis, au Canada. Le Nepad figure à son ordre du jour, comme l’un des trois principaux points. En fait, la discussion est ininterrompue. J’ai eu une réunion de travail autour de Jacques Chirac. D’autres invitations ont été lancées par George W. Bush et Tony Blair, qui a fait une tournée en Afrique de l’Ouest. Il a déclaré, à Accra, qu’il allait concentrer son action africaine sur le Nepad, qu’il a qualifié de « meilleure chance historique » pour les relations entre l’Occident et l’Afrique. En outre, nous avons reçu régulièrement les représentants personnels des principaux membres du G8, les « sherpas » des chefs d’État , particulièrement Michel Camdessus pour Jacques Chirac et la baronne Valérie Amos pour Tony Blair.
Notre but est de disposer, après le Sommet canadien, d’un plan ratifié à la fois par l’Afrique et par le G8.
C. Z. – Les priorités du Nepad ont-elles été endossées par le Sommet de Gênes ?
A. W. – Il y a eu un léger problème. Au lendemain de Gênes, le G8 nous a dit qu’il attendait la suite du dialogue. Mais, entre temps, les premières de nos priorités, les infrastructures, avaient disparu… J’ai obtenu leur rétablissement, sans trop de peine, grâce au soutien de Jacques Chirac et du Premier ministre canadien, Jean Chrétien.
Les réticents au sein du G8 font opposition sur la question des infrastructures. Pour eux, il s’agit d’investissements très lourds et peu rentables. Ils pensent ports et aéroports, alors qu’en fait les infrastructures sont très diverses et parfois légères, comme de simples routes. Et rentables : le président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui s’est fort éloigné du pesant socialisme algérien de l’ère Boumedienne, veut lancer des autoroutes à péage.
En outre, une bonne partie des infrastructures sera construite par nous-mêmes et financées, s’il le faut, par les institutions financières africaines, qui ont déjà beaucoup fait dans ce domaine.
C. Z. – À l’heure de la disparition d’Air Afrique, la question des transports fait plus que jamais problème. Comment exporter sans un bon réseau de communications et de transports ?
A. W. – C’est un problème très important. Une petite anecdote : ma femme a un appartement à Versailles. Naguère, lors de ses séjours versaillais, elle achetait chez son marchand des quatre-saisons des haricots verts du Sénégal, lesquels sont maintenant remplacés par ceux du Kenya… Nous avons un problème de frêt, que j’essaie de prendre en aval : nous sommes en train d’élargir les pistes de l’aéroport de Saint-Louis et nous développons notre propre compagnie, Air Sénégal international.
C. Z. – Quels ont été les résultats du mini-sommet de Paris, le 8 février, à cinq mois du G8 de Kananaskis ?
A. W. – Jacques Chirac a demandé que des signaux clairs soient adressés aux investisseurs sur le respect de l’État de droit. Il rejoignait totalement nos préoccupations. Au vrai, une dynamique s’est enclenchée en Afrique.
Un consensus s’est également dégagé pour une relance de l’aide publique au développement..
C. Z. – … qui a largement diminué pendant les cinq années de gouvernement Jospin…
A. W. – Mais Jospin a fait acte de repentance, dans son discours devant le Conseil économique et social.
C. Z. – Les responsables du G8 reprochent souvent à leurs interlocuteurs africains le manque de précision de leurs projets.
A. W. – Pourtant, ces projets existent : la pose d’un gazoduc qui permettrait d’exporter vers l’Afrique occidentale, avec le Nigeria pour terminus, le gaz algérien, qui brûle sans profiter à personne ; la construction de l’autoroute d’Afrique du Nord, qui relierait le Maroc à la Tunisie, d’Agadir à Djerba ; la réhabilitation de la piste transsaharienne, qui va d’Alger au Nigeria.
C. Z. – Vous avez participé au Forum économique de Davos, qui se tenait cette année à New York. Le libéral que vous êtes ne pouvait, certes, se retrouver au milieu des contestataires de Porto Alegre…
A. W. – Je suis un habitué de Davos. L’an dernier, c’est à Davos que j’ai présenté mon plan Omega. Et cette année, à New York, j’ai introduit un débat sur le Nepad, avec un plein succès. J’étais pourtant inquiet : je devais faire une conférence de presse à côté de la salle ou s’exprimait Bill Gates. Dans ce contexte, je pensais n’avoir aucun auditeur… Et bien, non, cela a bien marché ! Les gens sont à notre écoute. Ils ont compris que nous représentons une nouvelle Afrique, une Afrique apaisée, décidée à s’assumer et qui cesse de voir dans le reste du monde la source de ses difficultés.
J’ai souhaité l’exploration de formules originales d’association des secteurs privé et public. Avec la participation de pays tels que la Chine, le Japon, Taïwan. Je n’ai eu que des échos favorables.
C. Z. – Vous êtes un Afro-optimiste. Mais le rapport que vient de publier l’OCDE est des plus pessimistes. Le poids de l’Afrique dans le produit intérieur brut mondial a diminué d’un tiers en cinq ans ; sa part dans les exportations a été divisée par trois. Où sont vos investisseurs potentiels ?
A. W. – Vous jouez les provocateurs ? Soyons sérieux : le rapport de l’OCDE est un constat. Il ne tient évidemment pas compte des données nouvelles qui vont être engendrées par le Nepad. En outre, permettez-moi de vous faire remarquer que les rapporteurs sont optimistes sur l’avenir du Sénégal.
La vision de l’OCDE est statique. Si nous voulons construire une route, dans l’esprit de l’OCDE, nous devons justifier une telle construction. À l’OCDE, on nous dit : « il faut une demande ». Or, nous n’avons pas à demander, nous devons construire. Comme l’ont fait les pionniers des États-Unis, à la recherche de la « frontière ». Comme l’ont fait les Russes à travers la Sibérie.
L’OCDE doit comprendre que nous ne tendons pas la main. Nous voulons sortir par nous-mêmes de l’enlisement du sous-développement ; et par nous-mêmes briser notre exclusion d’un monde « globalisé ». Simplement, nous avons la faiblesse de croire que l’intégration d’un continent riche en matières premières et représentant 13 % de la population mondiale est de l’intérêt de la communauté internationale.
C. Z. – Le Nepad est-il un nouveau plan Marshall ?
A. W. – Non ! Dans l’Europe de l’après-guerre, les bombes avaient tout détruit, mais les hommes étaient là. Le capital humain était là. Il fallait simplement résoudre les problèmes d’investissement matériel. En Afrique, nous n’avons pas le moteur humain. Mais, comme pour le plan Marshall, il nous faut des investissements massifs.
De ce que je viens de dire, vous allez conclure que le Nepad relève de l’utopie… Mais tout est utopie dans la vie. L’Afrique dont je parle est une belle utopie !
15:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, politique critique, politique étrangère, afrique, ps, ump, udf




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