«Libération» vous livre en exclusivité l'interview
que donne le président de l'UMP à la presse
régionale jeudi matin pour annoncer sa
candidature officielle à l'Elysée •
Il dit «sentir la force, l'énergie et l'envie de
proposer une autre vision de la France».
Nicolas Sarkozy :
«Ma réponse est oui»
C'est à travers la presse quotidienne régionale et
départementale que Nicolas Sarkozy a choisi
d'annoncer jeudi matin sa candidature à l'élection
présidentielle. Ses propos ont été recueillis par
six représentants de ces journaux. Libération
s'en est procuré une copie.
Etes-vous candidat à l'élection
présidentielle ?
Ma réponse est oui.
Pourquoi ?
C'est une décision mûrement réfléchie. A titre
personnel,
elle n'était pas évidente. Cette décision
m'engage ; c'est le
choix d'une vie. C'est une lourde responsabilité
vis-à-vis des
Français auxquels je demande de me faire confiance.
Je me sens la force, l'énergie et l'envie de proposer
une autre vision de la France. J'ai l'ambition de créer
une nouvelle relation avec les Français qui repose
sur deux mots :
confiance et respect,
confiance en la parole donnée
et respect de chaque Français pris individuellement.
Quel contenu donnez-vous à
cette nouvelle relation ?
Faire de la France le pays où «tout peut
devenir possible».
Et cela pour tout le monde, mais d'abord pour
ceux qui ont connu des épreuves, se sentent
fragiles ou qui pensent que «rien n'est jamais
pour eux». Quand tout sera redevenu possible,
quand la promotion sociale, le droit à la propriété,
une meilleure école pour ses enfants, un meilleur
salaire pour soi, une réelle égalité entre hommes
et femmes, seront des objectifs réalisables pour
chacun, alors les Français retrouveront le goût
de vivre ensemble. Et la nation française sera
à nouveau un exemple pour le monde.
Pourquoi maintenant cette annonce
de candidature ?
Je m'étais engagé auprès du président de
la République à ce que 2006 soit consacré au
travail gouvernemental et que la campagne ne
démarre qu'en fin d'année. J'ai respecté mon
engagement. Dans cette campagne je dirai
tout avant afin de pouvoir tout faire après.
Notre démocratie a besoin de franchise,
d'honnêteté, de vérité.
Avez-vous fixé un terme à votre présence
au gouvernement ?
Il est trop tôt pour répondre parce que ma famille
politique n'a pas encore décidé de me soutenir.
En tout état de cause, je ne serai plus ministre
au moment de l'élection: en cela je serai le
premier à m'imposer cette règle contraignante.
Vous êtes en pré-campagne depuis des années.
Qu'est-ce qui va changer désormais ?
Depuis des années, j'ai la même volonté de
renouveler le débat public. Je vais maintenant
m'adresser à tous les Français, sans exception.
Je pense entre autres aux catégories de la
population auxquelles nous n'avons pas assez
parlé : aux fonctionnaires, aux Français les plus
récents, aux femmes, aux jeunes, à ceux qui
n'ont plus d'espoir. Je vais leur parler de la France
et de leur avenir. J'appelle la droite républicaine
et le centre à s'ouvrir aux idées nouvelles afin
que tous les Français puissent se
reconnaître en nous.
Votre programme sera-t-il UMP ?
Lionel Jospin avait dit, en 2002, que son programme
n'était pas socialiste. L'électorat socialiste l'a «compris».
Il n'a pas voté pour lui. Qu'on ne compte pas sur
moi pour tenir un discours qui ne soit pas fidèle aux
valeurs de la droite et du centre. J'aime mon pays,
je crois aux vertus du travail, du mérite, de la récompense
et de l'effort. Mais je ne suis pas un conservateur car je
crois au mouvement. L'ordre n'est acceptable que s'il
est en mouvement. L'ordre juste, c'est juste de l'ordre.
Je veux que l'avenir redevienne une promesse et cesse
d'être une menace. Les Français attendent des raisons
d'espérer. Il n'y a de fatalité que pour ceux qui
renoncent. Je n'en serai jamais.
Le mot rupture fait-il encore partie du
vocabulaire de Nicolas Sarkozy ?
Oui car je veux rompre avec une façon de faire de
la politique.
Rompre, ce n'est pas la crise.
A ceux qui voudraient m'appeler à la continuité,
je pose la question : êtes-vous sûrs d'être en
harmonie avec les Français ? Je veux rompre
avec l'idée que l'on peut travailler moins et gagner
plus, qu'en accueillant tout le monde, on peut
intégrer convenablement, qu'on démocratise
l'enseignement en abaissant le niveau des
diplômes. A mon poste de ministre, j'ai profondément
changé les choses. Je veux remettre la
société française en mouvement.
Ségolène Royal n'incarne-t-elle pas mieux
cette rupture ?
Le PS a choisi l'immobilisme. Je veux incarner le mouvement.
Dans un monde qui bouge si vite qui peut penser que
l'on peut demeurer immobile. Je veux une rupture tranquille.
Cela fait quatre ans et demi que je gère la sécurité de la
France. Cela demande beaucoup d'expérience et de maîtrise.
Je veux les mettre au service de la France.
Quelle rupture incarnez-vous par rapport
à Jacques Chirac ?
On peut être fidèle à son histoire, fier de
son bilan et proposer pour les cinq années à
venir un autre chemin. Je souhaite un président
responsable et des contre-pouvoirs plus forts.
Imaginer l'avenir et l'incarner c'est
désormais ma mission.
On vous dit atlantiste,
communautariste et libéral...
On dit tant de choses fausses et caricaturales
! Communautariste ? C'est un message.
Je n'accepte pas qu'on importe des usages et
des coutumes non conformes à nos valeurs républicaines.
Atlantiste ? On est d'autant plus indépendant qu'on
est amis. Libéral ? Cela serait réducteur.
Je crois en la liberté. Mais je ne suis pas
un idéologue. Et je pense que l'Etat et les services
publics ne doivent pas être condamnés à l'impuissance.
Ils ont tous leur rôle dans la société moderne
que je veux bâtir.
Le PS est désormais en ordre de marche
derrière sa candidate. A l'UMP,
vous en êtes loin
Rarement la famille politique que je préside
n'a été aussi rassemblée. Je n'y considère
personne comme un adversaire.
Ce qui n'empêche pas des velléités.
Ce ne sont pas des velléités, ce sont des talents.
Je les prends en compte car toutes les
ambitions sont légitimes.
Jacques Chirac a eu 74 ans hier. Que lui souhaitez-vous ?
D'être heureux.
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