05.12.2006
présidentielles 2007 la menace LE PEN
| Valeurs Actuelles n° 3651 paru le 17 Novembre 2006 Le Pen peut-il faire chuter Sarko ? par Éric Branca | |
| A force de jouer à se faire peur, l’UMP et le PS finiront-ils par donner raison aux Cassandre qui leur promettent à chacun une troisième place à l’élection présidentielle ? Sur le papier, autrement dit dans les sondages, l’incertitude existe à peine plus qu’en 2002 : quels que soient les instituts, l’échantillon, voire les configurations raisonnnables pour le premier tour – Sarkozy ou un autre face à n’importe quel candidat du PS – la droite et la gauche institutionnelles devraient s’affronter en duel, le 6 mai 2007… Pourquoi, alors, tant d’effervescence autour d’un nouveau 21 avril 2002 ? Et pourquoi, surtout, tant de polémiques autour de la règle suivant laquelle nul ne peut se porter candidat s’il n’a pas obtenu le parrainage de 500 élus, députés, sénateurs, maires, conseillers généraux ou régionaux ? Plus que jamais, les deux questions sont liées : si Jean-Marie Le Pen n’avait pas la moindre chance d’être au second tour, s’interrogerait-on sur l’opportunité de lui barrer la route ? Voici cinq ans, la question s’était déjà posée quand le président du Front national, laissant jusqu’au bout planer le doute sur sa capacité à réunir 500 signatures d’élus, avait dénoncé un système où seuls sont certains d’être en piste les candidats issus de partis représentés au Parlement, donc bien pourvus en élus locaux… Rompre avec le chiraquisme pour contenir Le Pen. Si le débat ressurgit aujourd’hui, c’est que Jean Marie Le Pen et son parti sont toujours aussi solidement installés dans le paysage, sans qu’aucune des causes structurelles qui les ont fait prospérer (chômage et immigration de masse, insécurité et délitement de l’autorité publique) se soit estompée… Les chiffres sont sans appel. À l’élection présidentielle de 1988, qui suivait de quatre ans la première percée du FN, le total des voix de droite était, au premier tour, de 15,5 millions, dont 28 % provenant des électeurs lepénistes (14,4 % pour Le Pen à l’échelle nationale). À l’élection suivante (celle de 1995, qui consacrerait Jacques Chirac), la proportion était rigoureusement identique : un petit tiers des voix pour Le Pen, deux gros tiers pour le bloc Chirac-Balladur… Mais, en 2002, au terme de sept ans de chiraquisme, tout a basculé : la part du Front national dans l’électorat de droite a dépassé pour la première fois 33 %. En sept ans, Le Pen (16,18 % au niveau national) n’a gagné que 250 000 voix, mais la droite parlementaire, elle, en a perdu 2 millions (et plus de 3 millions, si l’on défalque les suffrages obtenus, alors, par les chasseurs)… D’où la question qui, depuis cinq ans, taraude tous les états-majors : que se passera-t-il en 2007 si cette décrue se poursuit et si, en outre, Le Pen attire une partie des voix des chasseurs, laissées en déshérence depuis cinq ans ? En 2002, Lionel Jospin avait été éliminé au profit de Le Pen pour moins de 200 000 bulletins de vote. Si le PS se ressaisit (et il a démontré qu’il le pouvait en remportant coup sur coup les régionales et les européennes de 2004), la possibilité reste ouverte d’un “21 avril” à l’envers aboutissant à l’élimination, non plus du candidat socialiste, mais du représentant de la droite classique. C’est évidemment le rêve conjoint de Jean-Marie Le Pen et des socialistes. Et le cauchemar secret de Nicolas Sarkozy. Pour autant, l’entourage de ce dernier demeure serein : contrairement à 2002, les électeurs de droite s’exprimeront sur un projet, infiniment plus que sur un bilan. Et Sarko a fait ce qu’il fallait – c’est le moins qu’on puisse dire ! – pour ne pas être pris en flagrant délit de continuité chiraquienne. En outre, alors que Chirac n’a jamais dépassé 27 % d’intentions de vote (pour terminer à 19,5 % dans les urnes), Sarkozy, lui, culmine régulièrement au-dessus de 30 % (avec un sommet à 37 %, en octobre dernier, selon la Sofres). Est-ce en vertu de cette avance confortable sur Jean-Marie Le Pen que le président de l’UMP semble avoir abandonné toute idée de peser sur les maires pour qu’ils lui refusent leurs parrainages ? Sans doute, mais pas seulement. Après avoir longuement envisagé les avantages et les inconvénients d’une telle stratégie avec ses plus proches collaborateurs (mais aussi avec les patrons des principaux instituts de sondage, qu’il rencontre régulièrement), le ministre de l’Intérieur a choisi… de ne rien faire. Contrairement aux élus locaux appartenant au PS ou liés à lui qui, tous, ont reçu l’instruction écrite de François Hollande de ne pas favoriser la dispersion des voix de gauche – leçon de 2002 oblige –, ceux qui gravitent autour de l’UMP ne feront l’objet d’aucune consigne. Ni orale, ni, a fortiori, écrite. Certains pensent même avoir compris que s’ils donnaient leur signature à Le Pen, ils n’encourraient pas, comme au temps du RPR version Juppé, les foudres de leur hiérarchie… Deux explications à cela. Primo, Nicolas Sarkozy estime que s’il existe une chance, aussi infime soit-elle, de voir la gauche une fois encore éliminée du deuxième tour, il ne doit rien faire pour l’empêcher. Car, alors, un duel avec Le Pen équivaudrait pour le président de l’UMP à la certitude d’être élu. Comme Chirac en 2002 qui, à 200 000 voix près (celles séparant Jospin de Le Pen au premier tour), était entré à l’Élysée fort de 82 % des suffrages exprimés, deux semaines après avoir frôlé le gouffre ! Secundo, le président de l’UMP a médité, dans le détail, les leçons de la dissolution de 1997. Souvent présentée comme un mauvais calcul, celle-ci ne le fut qu’à la lumière de la stratégie choisie par le RPR de l’époque : plutôt la gauche que le Front national (comme à Gardanne, en octobre 1996). La réaction de Le Pen ne se fit pas attendre : il décréta le maintien du FN dans les 72 circonscriptions où le Front avait obtenu plus de 12,5 % des électeurs inscrits. Et ce fut le désastre, provoqué par un déplacement de voix global de moins de 100 000 bulletins de vote répartis sur l’ensemble du territoire ! Une goutte d’eau dans la mer qui, ajoutée aux mauvais reports du FN sur le RPR et l’UDF, aura suffi à inverser la tendance du premier tour des législatives, pourtant favorable à la droite… D’où le nouveau mot d’ordre stratégique de l’UMP : combattre Le Pen, oui ; faire enrager ses électeurs, jamais plus ! Ceux-ci, comme le rappelle souvent Sarkozy, ne sont-ils pas, en majorité, des déçus de la droite classique qu’il ne tient qu’à elle de récupérer ? Cette rupture-là, qui ne fait l’objet, et pour cause, d’aucune recension dans le programme législatif de l’UMP (lire page 6) pourrait, dans les mois qui viennent, constituer un enjeu électoral au moins aussi important que l’ampleur et le rythme des privatisations si la droite l’emporte en 2007 ! | |
| Eric Branca |
22:18 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielles 2007, politique, politique critique




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