0slo, aujourd’hui
Il y avait dans cette cérémonie, dans l’hôtel de ville d’Oslo, un petit air de famille. Autour de Muhammad : sa femme, sa fille (aujourd’hui cantatrice au Metropolitan Opéra de New York, autre destin fabuleux), ses frères, des dizaines de cadres et de clients de Grameen.
Et puis, autre monde, le roi de Norvège, la reine d’Espagne, des notables locaux, les ambassadeurs, la presse. Et puis encore des danseuses bengalis et ...Renée Fleming, chantant sublimement un aria de Mozart.
Et enfin son discours, télévisé en direct dans tous les villages de son pays, racontant l’histoire de la création de Grameen, en 1983, à partir de sa révolte contre la famine de 1974, puis contre les usuriers ; son premier prêt, de 27 dollars à un groupe de 40 femmes du village voisin du campus où il enseignait.
Jusqu’à aujourd’hui, Grameen, ses bureaux dans 70.000 villages du pays et ses 7 millions de clients. Et sa filiale de téléphone, devenue la première entreprise privée du pays, Grameenphone. Il raconte aussi ces femmes qui sortent de la misère, les enfants de ses premiers clients, devenus médecins ou ingénieurs, ces milliers de bourses d’enseignement supérieur que Grameen attribue chaque année. Et enfin, cet appel, serein et vibrant, à reléguer la pauvreté au musée, pour que la moitié des contemporains de nos petits enfants ne vivent pas la même horreur que la moitié de l’humanité aujourd’hui. Ce serait si simple : moins de dépenses d’armement, moins d’aide aux gouvernements corrompus, plus de confiance dans les gens, leurs projets, leurs rêves, leurs exigences de dignité.
Deux ombres au tableau : Aucun grand de ce monde n’était là, ni même représenté. Aucun grand maitre de la Banque Mondiale, de la Commission Européenne, des Nations-Unies (sauf un diplomate bengali). C’était pourtant à eux que ce discours s’adressait…C'est d'eux qu'on aurait aimé entendre ce discours, depuis si longtemps.
Une autre ombre aussi, l'insistance, trop lourde à mon grè, du président du comité Nobel, sur le fait que le prix était remis à un musulman. Aurait-il osé faire cette remarque si le prix était remis à un juif ou à un chrétien? Non, évidemment.
Pour ceux qui, comme moi, accompagnent l’aventure de Muhammad depuis près de 20 ans, c’était un beau jour.




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