Nicolas SARKOZY est donc –ce n’est pas une surprise- le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle.
Sa prestation monumentale –car il s’agissait d’un « show »,
d’une de ces grand-messes dont la droite autoritaire
a le secret, plutôt que d’une désignation-
mérite l’attention et l’analyse.
Pour ses points forts,
d’abord. Le premier est la mise au pas de la droite,
de toute la droite ou presque.
Archéo-gaullistes, pompidoliens de course,
chiraquiens à la dérive, giscardiens orphelins,
sarkozystes fanatiques : ils étaient tous là. Manquait
bien sûr Jean-Louis DEBRÉ –mais qui s’en soucie ?-
et la moitié de Dominique de VILLEPIN –brièvement passé
pour un faux bain de foule. Cette résistance-là a tout
d’une plaisanterie.
Manquait aussi Jacques CHIRAC, mais il avait mandaté
tant des siens –à commencer par Alain JUPPÉ
et Jérôme MONOD - que sa reddition négociée
ne fait plus de doute.
Tout cela a permis au candidat une démonstration de force
qu’il serait fou de sous-estimer :
l’UMP de SARKOZY est plus puissante
que le RPR de la grande époque, la machine
est huilée et organisée, l’adversaire sera redoutable.
Le discours du candidat enfin, ne manquait pas d’intérêt.
Travaillé, retravaillé, il visait à donner à SARKOZY
une image plus apaisée, une stature de rassembleur,
à ouvrir l’angle, notamment à travers un grand nombre
de citations de leaders de la gauche républicaine
ou socialiste –malheureux JAURÈS, embarqué malgré
lui dans cette affaire -
vers l’électorat populaire. Il ne reste désormais plus rien
de la rupture, fût-elle tranquille :
le « tout est possible » du candidat de l’UMP en 2007,
tout comme son affiche, imitent le MITTERRAND
de 1981. Bref, il y a, pour SARKOZY, des raisons
d’être satisfait de cette prestation,
et pour la gauche matière à réflexion.
Mais il y a aussi les points faibles.
Non, SARKOZY, à l’instar de Julio IGLESIAS,
n’a pas changé, contrairement à ce qu'il s'est
employé à prétendre.
Candidat de la droite, de toutes les droites,
il devra assumer son bilan, il ne pourra plus prétendre
à la rénovation, à la différence.
Il sera comptable d’une politique économique inefficace
et injuste, de réformes sociales inéquitables,
de son propre insuccès au Ministère de l’Intérieur.
En s’élargissant, il se banalise, et il n’est pas
certain qu’il ait gagné au change.
Gommant
son originalité, gardera-t-il sa force de
conviction ?
Habile, son discours est aussi mensonger.
Candidat affiché de la France qui travaille, il
est d’abord et surtout celui de la France qui thésaurise,
qui accumule, qui spécule, celui de la rente et
de la fortune :
sa proposition invraisemblable
d’abaisser à 50% le « bouclier fiscal », déjà injuste,
c’est-à-dire en pratique de réduire à néant l’ISF,
en constitue l’aveu. Quant à sa concession sur
la "faute" de BUSH en IRAK, elle est bien tardive
et bien timide : c’est toute la politique
républicaine depuis 2000, ce conservatisme
sans compassion, ce « wilsonisme botté »,
cette réaction sans précédent, qu’il fallait condamner,
et pas du bout des lèvres, En somme, bien
qu’il le cache, SARKOZY est plus que
jamais le candidat de la droite, il reste
libéral, communautariste, pro- BUSH,
médiocrement européen. Il faudra, sans
arrêt, le rappeler pour le combattre.
Il demeure que ce
démarrage de campagne puissant constitue
un défi pour la gauche et les socialistes.
Il faut maintenant rassembler la famille socialiste,
mettre chacun à contribution dans la campagne :
on ne s’étonnera pas que je me réjouisse de
l’intervention de DSK, avec toute
sa liberté et sa compétence. Et puis,
tout en menant sereinement à terme
le processus de débat participatif voulu
par Ségolène ROYAL, il sera nécessaire,
dès le début février, d’apporter des
réponses plus précises aux attentes
des Français, notamment économiques
et sociales. Contrairement
à l’élection présidentielle de 2002,
la confrontation de 2007 intéresse,
elle a suscité des inscriptions
électorales sans précédent, elle polarise,
elle va passionner.
Pour l’emporter,
il sera nécessaire de mener le débat
sur les idées et les programmes,
en contrant celui de l’UMP,
en donnant un nouvel espoir en
la capacité de la gauche socialiste
à changer la société.
SARKOZY est
dangereux, à tous points de vue -
il inquiète, il sera un compétiteur coriace.
Nous le savions, nous le voyons.
Sa victoire serait porteuse de
nombreuses dérives. Mobilisons-nous
pour l’éviter aux Français."
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