17.01.2007

PIMPRENELLE contre NICOLAS

Une présentation humoristique de la campagne qui débute,

 texte lu sur le blog ci dessous:

Viva la Zapatera ?

Donc, ce sera elle. Ségolène Royal, alias « la Zapatera" alias

« la madone des sondages », alias « la Pimprenelle du Poitou ». Une femme,

avec juste ce qu’il faut de séduction, juste ce qu’il convient de douceur et

d’apparente fragilité, juste ce qu’on attend de tranquille assurance. L’âge

 qu’il faut : celui d’une maturité qui n’a encore rien perdu de l’éclat de la

 jeunesse ; l’expérience qu’il faut : un déjà long parcours dans les allées

du pouvoir, mais sans s’y être usée en première ligne ; le positionnement

qu’il faut : au cœur d’un parti de gouvernement, sans s’être jamais mêlée de

 trop près à sa cuisine interne. La biographie rêvée : l’origine bourgeoise

et provinciale, vieille France, mais la rébellion précoce contre l’ordre patriarcal

et l’engagement dans le camp du mouvement contre celui du conservatisme ;

 la stabilité d’une vie de couple, d’un foyer fécond, mais dans la liberté

d’un concubinage assumé qui transgresse les codes du conformisme ;

l’exemple éclatant de la femme moderne qui a su mener de

 front maternité et carrière.

Sans même parler d’un prénom rare et d’un patronyme,

cerise sur le gâteau, qui claque au vent comme un gonfanon.

Ils n’ont rien vu venir, bardés de leurs certitudes de mâles dominants.

Même le pape du commentaire politique multicartes l’avait oublié

 dans son répertoire (bonne retraite, Alain !)


Elle n’était qu’une image pour magazine sur papier glacé, une créature médiatique

et sondagière, une bulle qui éclaterait au premier vent. L’ironie machiste disait tout

: « Mais qui va garder les enfants ? » Suffisait d’attendre un peu. L’été dissiperait

les illusions. Puis l’été passa, qui n’avait rien dissipé du tout. Une vague inquiétude

commença à percer, vite écartée d’un revers de main : l’heure du débat sonnait,

qui démontrerait vite l’inconsistance de la dame. Les débats passèrent,

 agrémentés de quelques peaux de banane, qui ne démontrèrent rien du tout.

Venait enfin l’heure du vote, qui imposerait le deuxième tour, où l’on verrait ce qu’on verrait.

On a vu. Pas une victoire, un triomphe. Ne restait plus qu’à se rallier, bonne

 figure et rage au cœur. Faudra s’y faire : Ségolène est une épée et ils n

’ont que des sabres de bois.

PAR PROCURATION.


Ne pas s’y tromper. La désignation de Ségolène Royal ne concerne en

 principe que le seul parti socialiste, qu’il perturbe plus qu’on imagine :

codes cassés, références envolées, clans et courants éparpillés, façon puzzle.
Mais l’onde de choc va bien au-delà : c’est toute la France politique qui est

secouée. Ses professionnels de gauche comme de droite, mais aussi le corps

 électoral, qui vit cette assomption comme une transgression délicieuse.

Comme on a pu dire, sur un autre terrain, que les millions de salariés du privé

vivaient la grève « par procuration » lors des mouvements de la fonction

publique, il semble bien que les millions d’électeurs ont vécu « par procuration »

 l’élection de Ségolène par les militants socialistes : dans la droite ligne de

leurs rejets successifs et réitérés, à chaque occasion, d’une vieille classe

politique démonétisée. C’est l’insolence de la candidate qu’ont plébiscité

les socialistes encartés, le doigt d’honneur brandi au nez des caciques, le

refus des règles surannées, des discours convenus et des préséances surfaites :

ce refus, ce doigt d’honneur, cette insolence rejoignent et épousent ceux de

 millions de Français, où qu’ils se situent (ou croient se situer) sur

 l’échiquier politique.


Tiens, et tant pis si je choque, il y a dans ce vote impérial, à la fois

du 29 mai 2005 (rejet de la constitution européenne) et du 21 avril 2002

(Le Pen au second tour). Mais oui !

MARCHE TRANQUILLE


Alors, bien sûr, je n’annonce pas par avance la victoire de Pimprenelle

 sur Nicolas. La route est encore longue, semée d’embûches. Et bien des

évènements imprévisibles peuvent surgir — notamment une grave

 crise internationale.


Mais je dis qu’elle est devenue possible, cette victoire, voire probable.

Je dis que la championne du PS va encore surprendre dans sa campagne

(ne serait-ce, déjà, que l’annonce d’une « campagne régionalisée », qui

entend rompre avec la tradition du QG parisien), comme elle a surpris dans

 la pré-campagne. Je crois que ceux qui parient encore sur des dérapages,

 des incongruités, des vertiges, ceux-là se trompent. Portée par la vague

d’une popularité qui ne peut que croître, mais les pieds bien sur terre,

Ségolène va continuer sa marche tranquille, plus soucieuse d’écouter que

 de promettre : même si, bien sûr, elle va devoir préciser ses intentions et

alimenter ses intuitions.


Sans renier, sans trop s’en embarrasser non plus, un programme don

t elle laissera la promotion au parti pour jouer sa petite musique à elle :

 c’est la loi du genre.

MIC MAC.


Alors, j’entends bien les critiques (et d’abord à l’intérieur même de ce journal

, où l’on en pinçait plutôt pour Fabius) : Ségolène n’est pas de gauche,

 Ségolène n’est pas socialiste.


C’est à la fois vrai et faux.


Notre Pimprenelle est une sorte d’OPNI (objet politique non identifié), ce

qui fait qu’elle ratisse large. Duchesse en sabots, énarque atypique,

socialiste non-conforme ; plus à gauche à certains égards que bien des

notables à l’orthodoxie sans faille. Un mélange subtil d’idéalisme delorien et

 de volontarisme mitterrandiste, un mixte de première et de deuxième

gauche, le tout cuisiné à sa sauce — si bien qu’elle recrute dans l’une et

l’autre, tout en horrifiant, de l’une et de l’autre, les gardiens des temples

 respectifs. Un sacré cocktail, un sacré mic-mac, jazz et java copains !

Et c’est ça qui plait !

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