24.02.2007
Le COLONIALISME FRANCAIS de GAUCHE en AFRIQUE OCCIDENTALE
Tout change en 1872 quand le Premier ministre britannique Benjamin Disraeli annonce au Crystal Palace (Londres) sa volonté de promouvoir l'empire anglais («uphold the Empire of England», dit-il).
La même année, un Français, le républicain de gauche Léon Gambetta lance à Angers : «Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C'est par l'expansion, par le rayonnement dans la vie du dehors, par la place qu'on prend dans la vie générale de l'humanité que les nations persistent et qu'elles durent; si cette vie s'arrêtait, c'en serait fait de la France».
Victor Hugo joint sa voix à celle du tribun : «Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes; croissez, cultivez, colonisez, multipliez» (18 mai 1879).
Il ne s'agit plus comme aux siècles précédents d'installer des comptoirs commerciaux ou de peupler des territoires vierges (Amérique ou Australie), selon la première signification du mot colonie (*). L'objectif des dirigeants européens, en particulier des impérialistes britanniques et des républicains français, est de planter le drapeau dans un maximum de territoires comme une preuve du rayonnement national.
En France, les conquêtes coloniales sont exaltées par la plupart des porte-parole de la gauche républicaine, à commencer par Jules Ferry : «Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures» (28 juillet 1885).
C'est avant tout par altruisme et non pour s'enrichir ou enrichir le pays que l'on veut conquérir de lointains territoires... L'argument économique est relégué à l'arrière-plan dans les premiers discours colonialistes.
C'est surtout au XXe siècle que l'on tentera a posteriori de justifier les colonies en faisant valoir les profits pour l'économie nationale et les débouchés pour les Européens désireux d'émigrer...
C'est aussi seulement au XXe siècle que les partis socialistes européens s'inquièteront des excès de l'exploitation coloniale.
Le socialiste Jean Jaurès commente l'enjeu colonial dans un article de La Petite République (17 mai 1896) :
«Nous aurons beau dénoncer toutes les vilenies, toutes les corruptions, toutes les cruautés du mouvement colonial, nous ne l'arrêterons pas».
Il propose donc d'encadrer cette politique par trois règles pratiques :
«La première c'est de veiller constamment à ce que les compétitions coloniales des divers peuples ne puissent jamais aboutir entre eux à la guerre.
La deuxième sera de demander pour les peuples vaincus ou les races soumises de l'Asie, de l'Amérique, de l'Afrique, le traitement le plus humain, le maximum de garanties.
Enfin, il me semble que les socialistes devraient avoir comme troisième règle de marquer de plus en plus d'un caractère international les principales forces économiques que se disputent avidement les peuples».
L'opinion publique elle-même est globalement indifférente à l'épopée coloniale malgré la propagande officielle qui s'exprime dans les manuels scolaires, les «zoos humains» et les expositions coloniales.
Le ministre français des Colonies, Paul Reynaud, inaugure en fanfare l'Exposition coloniale en compagnie du président de la République Gaston Doumergue et du commissaire général de l'exposition,
l'illustre maréchal Hubert Lyautey.
Cet événement marque l'apothéose de la IIIe République et de l'oeuvre dont elle a été la plus fière : la colonisation ou la mise sous protectorat d'une bonne partie de l'Afrique noire et de Madagascar, de l'Afrique du Nord, de l'Indochine ainsi que de la Syrie et du Liban (*).
Jusqu'à la Première Guerre mondiale, pourtant, la ........


Le 26 février 1885 prend fin la conférence de Berlin sur l'Afrique.
Considéré par les Européens comme une terre sans maître, l'immense continent noir est partagé comme une vulgaire tarte aux pommes... sans que les habitants, pas plus que les pommes, aient leur mot à dire.
Le chancelier allemand Otto von Bismarck a convié les représentants des États-Unis et de treize pays européens à se répartir les dernières terres qui échappent à la mainmise occidentale.
En trois mois, la conférence fixe les règles qui doivent présider à l'occupation du continent africain. Elle proclame la liberté de navigation sur les grands fleuves africains, le Niger et le Congo, et permet aux États européens déjà présents sur le littoral africain (par exemple en Côte d'Ivoire) d'annexer l'arrière-pays correspondant. La France mais aussi le Portugal et l'Allemagne sont dans ce cas.
La France obtient des droits sur les vastes territoires de l'Afrique de l'ouest. Le chancelier Bismarck espère, mais à tort, que les Français se résigneront de la sorte à la perte de l'Alsace-Lorraine. L'Angleterre se réserve la possibilité de constituer un axe continu du Caire au Cap, à la pointe sud du continent.
Malgré son importance pour le continent africain, la conférence de Berlin ne suscite qu'indifférence en Europe. L'opinion publique se désintéresse dans son immense majorité des conquêtes coloniales.
Celles-ci sont le fait de quelques militaires, philanthropes et aventuriers qui ont réussi à convertir à leurs vues des responsables politiques comme le républicain français Jules Ferry, le conservateur britannique Benjamin Disraeli ou le roi des Belges, Léopold II.
Le principal bénéficiaire de la conférence de Berlin est le roi des Belges, Léopold II. Il a consacré sa fortune personnelle à l'exploration et à l'occupation de l'Afrique centrale. Ses efforts sont récompensés par la conférence de Berlin. Celle-ci lui reconnaît la possession à titre privé d'un vaste territoire au coeur de l'Afrique noire, qui sera baptisé «État indépendant du Congo» !
Léopold II promet aux grandes puissances que le territoire sera ouvert à leur commerce. Lui-même va s'efforcer de tirer de sa colonie un maximum de ressources en instituant le travail forcé. A sa mort, il lèguera le Congo à la Belgique mais celle-ci ne l'acceptera qu'à son corps défendant.
21:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, pcf, les verts, lo, lcr, ump, fn




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