20.04.2007

FIN DE CAMPAGNE

lu  sur valeurs actuelles

 

lu sur valeurs actuelles
Valeurs Actuelles n° 3673 paru le 20 Avril 2007

CARNETS DE CAMPAGNE
PAR CHRISTINE CLERC

Une atmosphère de fin de partie

 
Jeudi 12 avril. Marseille. Dans le métro. Bousculade. Timidement, une jeune femme s’approche. « Monsieur Bayrou, dit-elle, j’ai rêvé que vous seriez président. » Paternel, le candidat UDF lui met la main sur l’épaule. Fatima est algérienne. Elle travaille comme aide à domicile auprès de personnes âgées.
 Elle élève seule ses trois enfants,
 « comme deux sur trois de ces femmes », murmure-t-il, en homme
qui a parcouru les banlieues à la rencontre des associations féminines.
 Derrière lui, Azouz Begag, le ministre démissionnaire
 fraîchement rallié (que Bayrou, dans un style très Giscard,
 présentera à la tribune comme un « homme très intelligent »), affiche un large sourire. Marielle de Sarnez observe la scène avec
son flegme des vieilles troupes.
À peine une lueur dans ses yeux gris.

Tout peut encore arriver…”

Au Prado, 4 000 personnes attendent.
Pas de musique grandiloquente, pas même
un portrait du candidat au costume gris sur les murs.
Style modeste. Dans la salle, se mêlent familles chrétiennes,
notables noirs en djellaba et Beurs. La mise en scène en
moins, on songe au public du Chirac 1995. D’ailleurs,
 Bayrou détaille « les fractures qui traversent le pays ».

En rentrant, je regarde à la télévision les images de
 l’attentat d’Alger.
 Pour affronter al-Qaïda, ne faut-il pas être passé
par la Défense ou par l’Intérieur ?
« Le meilleur rempart face au terrorisme, m’a répondu Bayrou,
c’est un pays uni. »
 Il donne l’impression d’y croire. Pourtant –
était-ce la pluie qui voilait le Vieux-Port ? –
il y avait dans cette soirée marseillaise
une atmosphère de fin de partie.

Rocard l’imprévisible

Samedi 14 avril. « Ce Michel, décidément imprévisible !
Il a le sens de l’inopportun… » En lisant dans le Monde l’appel de Michel Rocard à une alliance Royal-Bayrou, je me souviens du soupir de Pierre Mauroy. C’était le 10 mai 1981 à 23 heures. Le futur premier ministre découvrait, sur un écran de télévision, son ami Rocard juché sur une estrade à la Bastille au côté du communiste Pierre Juquin. On avait découvert, depuis, que le rival malheureux de Mitterrand rêvait d’une nouvelle majorité : socialo-centriste. Mais la lancer à une semaine du scrutin ! C’est donner aux socialistes déçus par Royal un “permis de voter” Bayrou. À 77 ans bientôt, l’éternel minoritaire du PS a lancé son pavé dans la vitrine.

Le diable selon Le Pen

Dimanche 15 avril. Porte de Versailles. La surprise, c’est de voir si peu de cars de police. Le diable n’est plus le diable ! Libé le déplorait à l’issue d’un meeting à Toulouse : quoi, 500 manifestants seulement contre 50 000 en 2002 ? Et pas plus de “deux cailloux et trois grenades lacrymogènes” échangés ?
 Bientôt, on regrettera Le Pen… comme on regrette Arlette (Laguiller)
qui, à l’autre bout de Paris, essuie une larme en attaquant son légendaire
 « Travailleuses… ».
Une autre star entre en scène : Marine Le Pen.
Amincie, en veste longue sur son jean, elle empoigne ses 5 000 fans.
 On sait quelles couleuvres elle a dû avaler de la part d’un père si prompt à s’irriter de son indépendance. Ça ne l’empêche pas de s’écrier :
« C’est aussi parce que je suis ta fille, papa, que je suis fière de mener
 ce combat à tes côtés ! »
 Mais voici “le Président”. Sur les écrans géants, on
 le voit, en coulisses, s’avancer à pas lents, vêtu
de marine présidentiel, le long d’une haie de photographes
qu’il toise comme s’il passait des troupes en revue.
 Auparavant, un film nous a montré trois Mirage
 traçant un long sillage tricolore dans le ciel de France avant
de descendre vers l’Élysée.

À 79 ans bientôt, Le Pen sait qu’il n’y entrera pas.
Mais il imagine son intronisation : les coups de canon
 tirés sur la Seine…
 Galvanisé, il surgit en brandissant les poings et commence
à lire un long discours sur le thème “Qu’ont-ils fait de notre France ?”. Il fait chaud. On lui apporte sur un plateau un grand mouchoir avec lequel il s’éponge le front, avant de fustiger « ce personnage maléfique », Jacques Chirac. C’est Sarkozy qui lui prend des voix. Mais c’est Chirac, son diable favori.

Le Bayrou des indécis

Lundi 16 avril. Il y a des tailleurs blancs, du champagne, des Légions d’honneur, une vue sublime sur la Seine. Cocktail parisien. De qui parle-t-on ?

De Bayrou : la plupart le croient incapable de réformer.
 Mais l’une recommande de voter pour lui « pour éliminer Ségolène »
, l’autre, « parce que Sarkozy en fait trop ».
Justement, le candidat UMP passe sur TF1. Plein de gravité dans
 son costume sombre au retour de Colombey,
 il cite de Gaulle et Jean-Paul II. Sur quoi on nous livre deux
sondages à paraître demain : l’un donne Bayrou en baisse,
l’autre en hausse.

Tout peut arriver.


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