Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP à l'élection présidentielle, était l'invité de RTL, ce matin, à 7h50. Il était le dernier des douze prétendants à l'Élysée à venir dans les studios de RTL avant le premier tour de l'élection.
A ce propos, aucune information concernant sondages ou rumeurs ne sera donnée ici avant 20 heures, dimanche soir. L'espace de commentaires sera même fermé dans la journée de dimanche pour éviter que des esprits facétieux ne se livrent, justement, des facéties.

Ce matin, contrairement à hier matin, je n'ai pas lu les réactions consécutives à l'entretien que j'ai eu, au micro de RTL, avec Nicolas Sarkozy. Les imaginer est prendre un risque car, peut-être, la sagesse à gagné les cœurs en cette fin de campagne. Peut-être certains ont-ils jugé mes questions totalement complaisantes, minables, gorgées de cirage et étalées avec une brosse à reluire de collection. Hier, j'étais royaliste, de gauche, nul et minable. Peut-être ce matin, pour certains, suis-je sarkozyste, de droite, nul et minable.

La vérité que je ressens, qui n'est que ma vérité, c'est que j'ai abordé tous ces entretiens avec le souci d'être uniquement journaliste. Chacune des interviews que j'ai mené avec les dix candidats qui ont été les invités de RTL durant les deux dernières semaines – Olivier Besancenot et Gérard Schivardi ont été interrogés durant le week-end par Bernard Poirette – ont été construites de la même façon.


D'abord des questions portant sur les programmes ou les propositions, ou encore des sujets suggérés par l'actualité.

Ensuite, des faits de campagne, des déclarations ou des mises en cause par les adversaires. Ainsi, chacune de ces interviews a présenté la même caractéristique technique:

une question ouverte au début,

avec une exposition assez longue dans la première réponse.

Du coup, il n'est pas forcément facile de reprendre la main pour redonner du rythme à l'entretien.

 Chaque invité réagit différemment, sa personnalité, sa manière d'être, d'accepter ou de refuser qu'en cours de dialogue un équilibre s'instaure.
Cet exercice, délicat, a été diversement réussi durant ces dix interviews.

Parfois, peut-être, j'ai manqué ceci ou cela.

Parfois, peut-être, l'invité n'a pas voulu de ceci ou de cela.

Souvent dans les commentaires, tel ou tel y a vu la marque d'un esprit partisan, d'un choix fait mais tu, d'une insupportable hypocrisie.

 Non, les choses sont plus simples, plus honnêtes, plus respectueuses des auditeurs et du pacte que RTL passe avec eux à chaque minute de la journée. Simplement, tout n'est pas parfait, et la fragilité des choses, elle, nous accompagne à chaque seconde.

J'ai cité, ce matin, la phrase de Robert Badinter,

 telle que Le Monde l'avait reproduite, dans son édition de mercredi.

A Nantes, à l'occasion d'un meeting qu'y tenait Ségolène Royal,

le sénateur socialiste aurait évoqué, selon le journal,

"la lepénisation de Nicolas Sarkozy".

 J'ai écrit, ici même, combien la formule me semblait problématique dans le débat parce qu'elle tout simplement fausse.

 On peut attaquer Nicolas Sarkozy, combattre ses idées, contester sa personnalité.

Il est difficile pour autant, de le présenter en adversaire de la République.

Pas plus que les socialistes d'antan ne devaient être confondus avec les stalinistes d'hier,

il n'est utile et sain d'établir une confusion entre ceux qui pensent qu'Auschwitz est un "détail" de l'histoire et ceux qui inscrivent leur action dans la devise républicaine.


Cette phrase m'avait paru tellement symbolique d'une dérive dangereuse que je l'ai soumise à la réflexion de mes trois derniers invités: François Bayrou, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy.


Les deux premiers ont refusé de la reprendre à leur compte,

 le troisième n'a pas voulu la commenter expréssement.

Tout à l'heure, pendant l'écriture de ce billet,

Robert Badinter m'a téléphoné. Il m'a appris que la citation faite par le journal Le Monde n'était pas exacte, et qu'il avait précisément dit ceci

: "Pour gagner les suffrages des électeurs de J-M Le Pen, N. Sarkozy a lepénisé son discours."


Ce n'est effectivement pas la même chose.

Sans doute la formulation demeure-t-elle dans les codes

d'un débat public assez violent mais respectueux de l'identité politique de l'adversaire.

 Affronter un républicain suppose qu'on le traite comme tel.

 Sinon, l'excès et la volonté de disqualification tuent le débat,

ce qui ne peut que nuire à l'exercice démocratique lui-même.

 Chacun a bien pu mesurer cela lors du second tour de l'élection présidentielle de 2002 quand, en effet, les sentiments républicains de l'un des deux compétiteurs se trouvaient légitimement questionnés.

 

Maintenant, la parole aux urnes. Un pronostic serait totalement déplacé. Seulement deux évidences et deux inconnues.


Si Nicolas Sarkozy n'était pas qualifier pour le second tour, la surprise serait immense. Si Jean-Marie Le Pen se qualifiait à nouveau pour le second tour, elle serait aussi immense.


En revanche, déterminer qui de Ségolène Royal ou de François Bayrou sera dans ce duo du tour d'après paraît aujourd'hui très difficile. La socialiste semble avoir un léger avantage mais la performance finale du centriste demeure difficile à évaluer.


De la même façon, bien prétentieux serait celui qui dirait l'ordre du premier tour. Nicolas Sarkozy n'est assuré en rien d'être en tête. La deuxième place peut lui échoir sous la combinaison de facteurs divers, la droitisation de sa fin de campagne notamment.


Bref, prudence. Attendons de voir et nous verrons bien.

 

Pour se quitter, ceci encore. Une marionnette à mon effigie fera son entrée dans les Guignols de l'info.

Ceci me procure des sentiments mitigés. Le narcissisme y trouve son compte. En même temps, se voir déposséder de son nom, de sa manière de parler, par un objet aussi éloigné de soi que peut l'être une marionnette actionnée par d'autres n'est pas forcément réjouissant.

Telle est la vie que l'on se choisit, innée et acquise dans ses fils indémêlables. En attendant, bon week-end, bon choix, bon vote et, comme on ne le dit pas assez souvent, vive la République, vive la France, vive l'Europe, vive le monde!