Sarkozy / Le Pen: les liaisons dangereuses
Y a-t-il, y aura-t-il une alliance entre l’UMP et le FN, entre Jean-Marie LE PEN
et Nicolas SARKOZY ?
Il n’est pas facile de répondre à cette question,
tant les signaux donnés sont contradictoires et ambigus.
Pour ma part, je pense bien qu’il y a, implicitement, au moins l’ébauche
d’un rapprochement stratégique qui, au delà de la présidentielle de 2007,
peut déboucher sur une véritable entente organique.
Entre les deux hommes et les deux partis, le temps
des liaisons dangereuses a commencé.
Ne soyons pas manichéens : SARKOZY et LE PEN
sont, dans cette élection, concurrents.
Le Président de l’UMP ne lésine pas sur les mots et sur
les symboles pour ramener, puis conserver à lui une partie des
électeurs qui ont voté LE PEN en 2002 :
promesse d’un ministère de l’immigration et
de l’identité nationale, qui rappelle les sombres heures de Vichy,
convictions eugénistes, discours ultra sécuritaire et populiste.
Jean-Marie LE PEN défend son capital politique bec et ongles,
montant chaque jour d’un cran dans l’insulte à l’égard de SARKOZY,
«candidat étranger» appartenant à la « racaille politicienne ».
Son but est clair : décrédibiliser le Président de l’UMP
au regard des électeurs frontistes, les appeler à
préférer une fois de plus –une dernière fois- l’original à la copie.
Il n’y aura pas, entre ces deux hommes,
de cadeaux jusqu’au 22 avril.
Mais, en profondeur, les choses bougent, les manoeuvres
d’approche se multiplient. Notons d’abord que les attaques
de LE PEN sont pain bénit pour SARKOZY :
par leur outrance, leur xénophobie, elles le recentrent,
le dédouanent des accusations de complaisance
envers l’extrême droite qui lui sont faites, lui permettent de
s’affirmer comme un Français au « sang mêlé » -
qui n’hésite pourtant pas à faire de l’immigration
un problème majeur pour l’identité nationale.
Et puis, surtout, il y a tant de signes d’attentions mutuelles.
Il n’est pas anodin que Jean-Marie LE PEN dise qu’il n’a pas
avec SARKOZY le contentieux personnel qu’il entretient avec
Jacques CHIRAC, qu’il souligne qu’il a eu avec lui
plusieurs entretiens courtois, ou qu’il reconnaisse qu’il y
a entre eux, en dehors de l’Europe et du libéralisme, des terrains
d’entente possibles. Il n’est pas non plus négligeable que
Nicolas SARKOZY ne réfute pas certaines idées
« parce qu’elles viennent de LE PEN »,
ou que Brice HORTEFEUX, son ami intime, son âme
damnée, lance un ballon d’essai en proposant l’installation
d’une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin
pour les législatives. Certes, SARKOZY a démenti,
mais si mollement … en tout cas, l’idée a été mise sur
la table, et elle y reste. En réalité, tout se met en place
pour que le Président du FN, évidemment sans appeler
à voter au second tour pour celui de l’UMP – ce s
erait mortel pour l’un et pour l’autre- fasse comprendre
qu’il a, en vue du 6 mai, une préférence ou une moindre
réticence, et favorise ainsi un excellent report de ses voix.
C’est pour moi, j’en suis persuadé, la première étape
d’un mouvement plus ample. Jean-Marie LE PEN a commencé une
« banalisation » du FN, qu’il ne peut mener à terme, faute de temps et parce que sa personnalité y fait obstacle, mais qui prépare le terrain à sa fille. Nicolas SARKOZY,
qui pense déjà à … sa réélection en 2012, voudrait normaliser
le parti d’extrême droite, et ne serait pas fâché de trouver en lui,
à terme, un partenaire pour une coalition capable de marginaliser
durablement la gauche et de garantir une majorité de droite pour
une période longue. J’ai pour ma part la conviction que nous allons
assister dans les années qui viennent, à une « italianisation »
de la vie politique française, sur son flanc droit. SARKOZY
me fait irrésistiblement penser à BERLUSCONI, avec sa soif de
pouvoir, sa volonté de maîtriser les médias, ses liens organiques
avec les forces de l’argent. Et Marine LE PEN, fait quant à
elle songer à Gianfranco FINI, en moins sophistiqué : comme lui,
elle peut « recentrer » -si faiblement- le parti d’extrême droite vers la
droite dure, en abjurant ce que celui-ci a de plus intouchable –
l’anti-sémitisme, la xénophobie, le négationnisme- afin d’en faire
une force de gouvernement. Elle le souhaite, sans aucun doute,
tant elle se sent peu la fibre contestataire qui a toujours été la force
et la limite de son père, elle en a, peut-être, la capacité. Je ne crois
pas pour autant que de sa part une telle conversion serait sincère.
Telle est, j’en ai la conviction, la mutation qui se prépare, dont la présidentielle de 2007 n’est que la prémisse. Il faudra, dans les années qui viennent, vérifier cette intuition. Et si celle-ci se confirme, la gauche devra s’organiser, se rénover, s’ouvrir, pour constituer un bloc capable de faire front à cette « maison des libertés » à la française. Nous devons garder en tête la nécessité d’une telle réflexion stratégique. Pour ma part, je ne la perdrai pas de vue. Cette dimension montre en tout cas que l’élection de 2007 est bien le début d’un grand bouleversement de notre vie politique, qui exigera de chacun imagination et courage.
Ne laissons pas à SARKOZY le monopole de la cohérence stratégique, disputons lui plutôt la prétention « gramscienne » à l’hégémonie politique et intellectuelle. C’est la tâche qui nous attend, et qui passe d’abord par sa défaite le 6 mai 2007. Ne croyons pas pour autant que la victoire, dans une sorte de référendum anti-SARKOZY, suffira à évacuer cette question. Après l’élection de Ségolène ROYAL, il faudra continuer à réfléchir et penser l’avenir de




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