23.04.2007

analyse du premier tour

 
lu  sur pelerin.info
Présidentielle

Les clés du second tour

A la faveur d'une participation exceptionnelle, le premier tour a désigné Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal comme finalistes de la présidentielle. Le scrutin consacre le retour à un affrontement droite/gauche, influencé par la percée du centriste François Bayrou, dont les électeurs joueront les arbitres du duel annoncé le 6 mai.















Satisfaction à droite et à gauche

Il n'y a donc pas eu de vraie surprise. Comme l'avaient indiqué les instituts de sondage depuis plusieurs mois, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal s'affronteront bel et bien le 6 mai pour accéder à l'Elysée. Le candidat de l'UMP arrive en tête, recueillant un peu plus de 31 % des suffrages exprimés contre 25,8 % à Ségolène Royal, soit près de 5 points derrière.

Un tel écart est un vrai motif de satisfaction pour l'ancien ministre de l'Intérieur, qui réalise ainsi le meilleur score, au premier tour, d'un candidat de droite depuis Valéry Giscard d'Estaing en 1974. Il faut rappeler également que Jacques Chirac avait obtenu moins de 20 % des voix en 2002, et à peine plus en 1995.

De son côté, la candidate socialiste peut légitimement se réjouir. Alors que beaucoup dans son propre camp, doutaient de sa capacité à qualifier le PS dans cette élection, Ségolène Royal fait mieux que résister : elle l'emporte, haut la main pourrait-on dire, devant le « troisième homme », François Bayrou, qui, s'il triple son score de 2002 avec quelque 18,5 % des suffrages, n'aura pas réussi son pari d'accéder en finale.

Des électeurs extrêmement mobilisés

Les électeurs en ont décidé ainsi : ce premier tour de scrutin marque le retour à un affrontement droite/gauche somme toute assez classique dans la vie politique française. Et délivre une bonne nouvelle, qui tient au taux de participation exceptionnel enregistré dimanche dernier : 84,6 % (sur 43,6 millions d'électeurs) selon les chiffres officiels du ministère de l'Intérieur. Certains bureaux de vote ont même été tellement débordés par l'afflux de votants que le Conseil constitutionnel a dû reporter l'heure de fermeture au-delà de la limite fixée. « Avec un chiffre d'abstention autour de 15%, on touche à un record qui n'avait plus été atteint depuis 1965. Ce qui démontre que le divorce entre les Français et la politique n'est pas une fatalité, analyse Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, centre de recherches de l'Institut d'études politiques de Paris (1).

Comme la plupart de ses collègues, le politologue tient à souligner deux autres faits saillants de ce scrutin qui fixent les enjeux de la bataille du second tour. D'abord, le haut score réalisé par le candidat centriste. «Si celui-ci n'a rien d'exceptionnel, eu égard à l'histoire politique française - Raymond Barre en avait fait presque autant au premier tour de la présidentielle de 1988 - force est de constater que François Bayrou réussit une percée inespérée. Or, il y a cinq ans encore, l'UDF paraissait moribonde. A ce titre, il peut se considérer, sinon comme l'arbitre du scrutin à venir, du moins comme l'un des hommes clés», affirme Bruno Cautrès.

L'objectif des deux candidats : rassembler

Autre élément capital pour anticiper sur le 6 mai : « Le faible score des extrêmes. De l'extrême gauche, d'abord, dont les cinq candidats totalisent à peine 10 % des voix. Mais surtout la chute brutale du Front national qui enregistre, avec moins de 11 %, la première baisse depuis la présidentielle de 1988 où Jean-Marie Le Pen avait engrangé plus de 14 % des voix », poursuit Bruno Cautrès.

Cette configuration particulière - scores élevés des deux champions qualifiés, montée de François Bayrou et recul du Front national - détermine pour une large part la stratégie qu'adopteront Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal pour leur campagne du second tour. Mais si l'objectif est identique, à savoir rassembler le plus large possible, l'équation n'est pas tout à fait la même pour le leader de l'UMP et la candidate socialiste.

Sur le papier, Nicolas Sarkozy part avec l'avantage d'une « pole position », mais pas seulement. « Sa stratégie de captation de l'électorat lepéniste semble parfaitement fonctionner. La politique menée alors qu'il était ministre de l'Intérieur, puis l'accent mis, lors de la campagne, sur les thèmes de l'ordre, du contrôle de l'immigration et de la promotion de l'identité nationale, lui ont permis de « siphonner » une grande partie des électeurs de Jean-Marie Le Pen, qui se sont reconnus dans son projet dès le premier tour.
On voit mal ce qui pourrait empêcher le ralliement de se poursuive au second tour », explique le politologue Xavier Jardin (2). Même analyse de Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite :
 « Le Pen peut bien demander à ce qui lui reste d'électeurs fidèles d'aller à la pêche le 6 mai, ce n'est plus lui qui fait l'élection et l'on voit mal l'intérêt qu'aurait désormais Sarkozy de négocier avec le FN. »

Nicolas Sarkozy veut protéger les Français

Dans un discours prononcé dimanche soir devant quelques centaines de militants réunis salle Gaveau, à Paris, ce dernier a d'ailleurs donné le ton et la marque de ce que sera sa campagne de second tour.
« Dans les quinze jours qui restent,  je veux dire à tous les Français qui ont peur de l'avenir, qui se sentent fragiles, vulnérables, que je veux les protéger. Je veux les protéger contre la violence, je veux les protéger contre la délinquance, mais je veux les protéger aussi contre la concurrence déloyale, contre les délocalisations, contre la dégradation de leurs conditions de travail, contre l'exclusion », a affirmé le candidat de l'UMP.
Avant d'expliquer vouloir « rassembler le peuple français autour d'un nouveau rêve »
: celui d'une « République fraternelle, où chacun va trouver sa place, où personne n'aura plus peur de l'autre, où la diversité sera vécue non comme une menace mais comme une richesse ».

Autant de thèmes destinés à rassurer un électorat de droite modéré, qui lui a préféré François Bayrou au premier tour. « Ce discours d'ouverture et de protection montre que Nicolas Sarkozy a bien compris qu'une nouvelle phase de la campagne commençait, souligne la députée des Yvelines Christine Boutin, présidente du Forum des républicains sociaux et conseillère politique du candidat de l'UMP. Il s'agit désormais de renforcer et de rendre plus lisible et plus visible la dimension sociale et humaine de son projet. »

Créer une « démocratie chrétienne et sociale » ?

Pour la candidate socialiste, l'équation est un peu plus compliquée. Ce que reconnaît volontiers Jean-Pierre Balligand, député socialiste de l'Aisne. « Tout le problème de Ségolène Royal pour ce second tour est de capter massivement les électeurs de François Bayrou. Etant donné son retard, elle doit rassembler plus de 70 % des voix du centre. Même si l'objectif paraît difficile, il n'est pas impossible, soutient-il. Comme le candidat de l'UDF, elle doit casser le système des ordres établis, celui des puissances financières, et du diktat de l'actionnariat des multinationales et des fonds de pension. Elle en est capable. »

De fait, plusieurs responsables socialistes sont montés au créneau pour souligner les « convergences » entre la candidate socialiste et le dirigeant centriste.
 Au premier rang desquels Bernard Kouchner, qui s'était illustré, dès avant le premier tour, en appelant, aux côtés de Michel Rocard, à une alliance Royal-Bayrou.
 « Je constate que sur le plan social, il y a des convergences avec l'UDF », a-t-il récidivé dimanche soir, en tendant ouvertement la main aux quelque 7 millions d'électeurs qui ont choisi François Bayrou.
 « Il ne s'agit pas de tractations honteuses. Pour ma part, j'appelle et je pressens avec bonheur l'émergence d'un rapprochement durable entre une sociale démocratie incarnée par Ségolène Royal et une démocratie chrétienne représentée par François Bayrou,
qui pourrait donner naissance à une nouvelle majorité qui incarne, à mes yeux, l'avenir du pays »,
 a-t-il expliqué à Pèlerin. Mais cette hypothèse d'un rapprochement entre la gauche et le centre fait encore débat au sein du Parti socialiste. « Nous devons insister sur ce qu'il y a de fort dans notre pacte présidentiel. Donc, nous n'allons pas négocier avec qui que ce soit, car cela n'est pas la démarche d'une élection présidentielle », tranchait dimanche soir le premier secrétaire du PS, François Hollande.

Provisoirement ? Pour lors, la principale intéressée n'a pas dévoilé sa position sur cette question cruciale. Dans une déclaration solennelle faite depuis son fief de Melle, dans les Deux-Sèvres, Ségolène Royal s'est contentée de tendre « la main à toutes celles et ceux qui pensent non seulement possible mais urgent de quitter un système qui ne marche plus ». Fidèle à sa stratégie de premier tour, elle a surtout réitéré ses mises en garde contre le « danger » que représenterait, selon elle, le projet de Nicolas Sarkozy : celui d'une « France dominée par la loi du plus fort ou du plus brutal (et verrouillée par les puissances de l'argent, où tous les pouvoirs sont concentrés entre peu de mains ». Et si son discours a résonné de quelques accents centristes, ceux-ci s'adressaient plus aux électeurs qu'à leur candidat.

Ce dernier semblait ravi, dimanche soir, de son score à deux chiffres qui lui confère sa position de « faiseur de roi » ou de « reine ». Une « nouvelle politique est en train de naître et plus rien ne sera comme avant », a promis le patron de l'UDF, qui s'est bien gardé toutefois de donner la moindre consigne de vote. Reste maintenant à savoir ce que feront ses électeurs.
 Les premiers sondages testant les intentions de vote pour le second tour s'essayaient, dès la fin du scrutin, à un pronostic : 45 % des électeurs de Bayrou au premier tour se déclaraient prêts à choisir Ségolène Royal contre 39 % pour Nicolas Sarkozy. Mais même dans ce cas de figure, très favorable à la candidate socialiste, celle-ci était donnée battue. Il lui reste désormais dix jours et un duel télévisé majeur, le 2 mai, pour faire mentir le sort.

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