07.06.2007

Mise a Point du Président avant les législatives

article  paru  dans le figaro

 

"Interview de Nicolas SARKOZY :

« J'ai besoin

d'une majorité large pour

 réformer en profondeur »

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Le Figaro - 7 juin 2007 

 

Dans sa première interview depuis son élection, le chef de

l'État réaffirme en exclusivité pour Le Figaro sa

volonté de mettre en oeuvre son projet fondé sur

"la franchise et la vérité" dès le lendemain du scrutin des 10 et 17 juin.

 

Le Figaro : Quels enseignements tirez-vous de

ce premier mois à l'Elysée ?

 

Nicolas SARKOZY : J'ai essayé de mettre à profit ce mois

 pour que - si les Français me donnent une majorité à

l'Assemblée nationale - mon gouvernement puisse se

 mettre au travail dès le lendemain des législatives.

J'ai été élu sur un projet fort, cohérent, basé sur

la franchise et la vérité. Mon devoir c'est de mettre en o

euvre ce projet. J'ai eu l'occasion de dire qu'en

matière économique et fiscale, je ne laisserai

personne le dénaturer. Je veux dire, avec la

même force, pour que cela soit bien compris de

tout le monde qu'il en ira de même avec mon

engagement en faveur d'une République

 irréprochable et d'une démocratie exemplaire.

 

Le Figaro : Vous faites allusion à votre proposition

de réserver la présidence de la commission

des finances à l'opposition...

 

Nicolas SARKOZY : Notamment. Je comprends

 parfaitement que cet engagement, que j'ai pris devant

les Français, puisse bousculer certaines traditions

et peut être gêner des ambitions, mais tout cela a

 bien peu d'importance au regard de l'enjeu.

Mon devoir de président c'est de rassembler

une majorité et le devoir de la majorité c'est de s'ouvrir.

 Si la majorité ne s'ouvre pas, elle se condamne.

Le président de la République ne peut être l'homme

 d'un parti ou d'un clan. Cet engagement sera

donc tenu dès le lendemain des élections législatives.

 Mais j'irai plus loin.

 

Le Figaro : Comment ?

 

Nicolas SARKOZY : Je pense à la place qui d

oit être faite au développement durable. Je pense au

rôle du Conseil économique et social, a

ux méthodes de travail du Parlement. Je pense aux

 droits de l'opposition qui doit enfin avoir un statut.

Je pense à l'encadrement des nominations,

à l'évaluation de tous les responsables sur leurs résultats.

Je crois à cette politique. Je la mènerai. Je suis heureux

d'avoir dans mon gouvernement des hommes de la

qualité de Bernard Kouchner, de Jean-Pierre Jouyet,

d'Eric Besson et Martin Hirsch. Ils ont été courageux.

 Si l'opportunité se présente, je proposerai à d'autres

 personnalités de gauche et du centre de nous rejoindre.

 Avec l'ouverture, je n'ai pas voulu faire un «coup».

Je veux réformer en profondeur notre pays pour le moderniser.

Parce que les changements seront forts,

 j'ai besoin d'une majorité large.

 

Le Figaro : Cela devrait être le cas,

si l'on en croit les sondages...

 

Nicolas SARKOZY : Rien n'est gagné. Rien n'est joué.

L’heure n’est certes pas à la répartition de postes

qui ne sont pas encore conquis. J'engage tous les responsables

 de la majorité à se battre jusqu'à la dernière minute, comme

 je l'ai fait moi-même, avant le premier tour et le second tour.

 

Le Figaro : En demandant une large majorité, ne

 donnez-vous pas des arguments à ceux qui vous reprochent

de «vouloir tous les pouvoirs» ?

 

Nicolas SARKOZY : Ceux qui disent cela sont ceux qui

se sont battus au côté de François Mitterrand pour lui

donner la majorité que l'on sait! «Tous les pouvoirs»,

 cela ne les gênait pas quand c'était pour la gauche!

Qu'est ce que cela veut dire quand vingt régions sur vingt-deux

sont à gauche, quand plus de la moitié des départements

sont à gauche, quand tant de communes sont à gauche?

 Je n'essaie pas de savoir si la majorité sera trop grande

 ou trop petite. Je me bats pour obtenir le soutien

parlementaire qui me permettra de mettre en oeuvre

le projet ratifié par les Français. Je me bats pour avoir

une majorité qui m’aide à appliquer le mandat qui m’a été confié.

 

Le Figaro : Réformerez-vous le mode de scrutin des législatives ?

 

Nicolas SARKOZY : Je recevrai après l'élection toutes

les formations politiques représentées à l'Assemblée,

au Sénat et au Parlement européen...

 

Le Figaro : Y compris le Front national ?

 

Nicolas SARKOZY : Au nom de quoi l'écarterais-je, d

ès lors qu'il a des élus? J'écouterai les propositions de

chacun. Si un consensus se dégage en faveur

d'une dose minoritaire de proportionnelle, nous en

discuterons. Je ne suis pas fermé.

 

Le Figaro : Allez-vous procéder à un remaniement

après les législatives ?

 

Nicolas SARKOZY : Des secrétaires d'Etat feront leur entrée.

Je précise tout de suite qu'ils seront nommés en petit nombre :

 on ne doublera pas, loin de là, la taille du

 gouvernement! J'ajoute qu'ils devront répondre

à des critères de diversité à la fois par leurs

origines territoriales, leurs origines politique et être

 représentatifs de la France multiple. Par ailleurs,

 la parité est un objectif auquel je ne renoncerai pas.

 

Le Figaro : Comment définiriez-vous votre

 relation avec François Fillon ?

 

Nicolas SARKOZY : Je voudrais rendre hommage à son action.

Il fait un excellent travail et j'ai avec lui une relation très

 confiante et très amicale. Nous avons construit

 le projet ensemble, nous le mettons en oeuvre ensemble.

Nous sommes complémentaires. Nos montres marquent

la même heure. En un mois, je n'ai pas eu un

cas de désaccord entre nous.

 

Le Figaro : Des frictions sont tout de même apparues

lorsque le ministre du Budget a évoqué la question de

 la déduction des intérêts d'emprunt ou la «pause»

dans la lutte contre les déficits ...

 

Nicolas SARKOZY : Sur ce dernier point, je ne laisserai

dire à personne que nous ne tiendrons pas nos

engagements européens en matière de maîtrise des

dépenses publiques. Je n'ai jamais employé le mot

«pause». La France a pris des engagements, elle les respectera.

 Pour réduire les déficits, il faut réduire les dépenses

 et augmenter les recettes. Je suis engagé dans un

 projet de revalorisation du travail. J'affirme que cette

politique nous permettra de gagner la croissance

qui nous manque. Mais cette démarche n'est pas

exclusive d'économies. Je confirme la règle du non-renouvellement

d'un fonctionnaire sur deux dès le budget 2008. J

e confirme que nous réformerons les régimes spéciaux en 2008.

 Je confirme aussi qu'il nous faudra trouver de nouvelles

 économies sur l'assurance maladie.

 

Le Figaro : La session extraordinaire se prolongera-t-elle en août ?

 

Nicolas SARKOZY : Le mois de juillet sera consacré

à l'action législative prioritaire. Le mois d'août, aux

 vacances. Dans l'immédiat, je veux faire passer un

 texte économique et financier très fort qui montrera

la cohérence de notre politique.

 

Le Figaro : Ce ne sera pas un collectif budgétaire ?

 

Nicolas SARKOZY : Non. Un collectif budgétaire

c'est ouvrir de nouvelles dépenses. Moi je veux

créer les conditions d'une nouvelle stratégie économique.

 

Le Figaro : Allez-vous bousculer les

habitudes lors du 14 juillet ?

 

Nicolas SARKOZY : Le 14 juillet, j'inviterai un détachement

militaire de chacun des vingt-six pays de l'Union européenne

 à défiler sur les Champs Elysées.

 Ce sera un beau symbole ! La garden-party sera

 consacrée aux victimes et plus largement à tous ceux

 qui ont traversé des épreuves. Seront aussi invités

tous ceux qui ont fait un acte de bravoure. Le soir,

nous organiserons au Champ de Mars un grand concert

en l'honneur de la France et de l'Europe.

 

Le Figaro : Et la traditionnelle interview présidentielle ?

 

Nicolas SARKOZY : Ce sera une conférence de presse,

probablement un peu avant le 14 juillet.

 

Le Figaro : Vous avez annoncé une loi contre

les «parachutes dorés». Comment va-t-elle fonctionner ?

 

Nicolas SARKOZY : Le dispositif, très simple,

 consistera à lier l'existence de primes de départ -

qui devront être votées par l'assemblée générale des

actionnaires - à la performance du dirigeant remercié.

 Pas de performance, pas de prime.

 

Le Figaro : Le président de la République soutient-il

 un candidat pour la présidence de l'Assemblée et

 celle du groupe UMP ?

 

Nicolas SARKOZY : Non. Mais le président de la

République peut dire à ses amis: avant de vous concurrencer

pour savoir qui présidera quoi, peut être serait-il plus

 judicieux de conquérir d’abord la majorité.

 

Le Figaro : Que pensez-vous de la controverse entre

Jean-Pierre Raffarin et Patrick Devedjian

sur la gouvernance de l'UMP ?

 

Nicolas SARKOZY : Je ne suis plus président de l'UMP

et je n'ai pas à avoir d'opinion sur le sujet. Il n'est pas

absurde qu'une formation politique modifie son organisation

dès lors que le président de la République est issu de ses rangs.

Mais cette affaire de statuts n'intéresse pas les Français,

ni le président de la République.

 

Le Figaro : L'UMP est tout de même votre famille politique ?

 

Nicolas SARKOZY : C'est ma famille d'origine mais je ne

suis plus président de l'UMP. Le président de la République

ne peut pas être membre d'un parti politique. En même temps,

mon devoir est de rester à l'écoute de ceux qui sont mes

 électeurs et qui doivent pouvoir me dire un certain nombre de choses.

 

Le Figaro : Et la réforme de la carte judiciaire ?

 

Nicolas SARKOZY : La réforme de la carte judiciaire est i

ndispensable et incontestable.

La justice de proximité ce n'est pas d'avoir un tribunal dans

toutes les villes. C’est d’avoir une justice rapide et incontestable

qui réponde aux vœux des justiciables. Il y a des départements

 où il y a trois tribunaux de grande instance, d'autres où il y a

plusieurs cours d'appel. Depuis 1958, la carte judiciaire n'a

pas évolué. La France, oui. Des discussions doivent s’ouvrir.

 

Le Figaro : Vous vous étiez engagé à définir le rôle de votre

 épouse après votre élection, qu'en est-il ?

 

Nicolas SARKOZY : Nous en parlons beaucoup, elle et moi.

 Elle aura l'occasion d'exposer sa vision de son rôle d'ici peu,

lorsque les choses seront définitivement calées. 

 

Le Figaro : Avez-vous eu un contact avec Jacques Chirac

 depuis son départ ?

 

Nicolas SARKOZY : Non.

 

Le Figaro : Au conseil européen de juin, vous ne vous

opposerez pas à l'adhésion de la Turquie à l'Union.

 Avez-vous changé d'avis ?

 

Nicolas SARKOZY : Ma priorité en Europe est d'obtenir

le traité simplifié. Mais si je pose, en même temps,

la question de la Turquie, il n'y aura pas de traité simplifié.

 Je n'ai pas changé d'avis: la Turquie n'a pas sa place en

 Europe. Mais le rendez-vous est en décembre, pas en

 juin. J'ai engagé des discussions avec le premier ministre turc,

M. Erdogan, pour lui faire comprendre que ma position

n'était en rien dirigée contre les Turcs mais qu'elle concernait

la question essentielle des frontières de l'Europe. Après

 le Conseil européen de juin, je proposerai une stratégie

qui permettra de trouver une voie pour ne pas casser l'Europe

 et, en même temps, ne plus continuer sur la stratégie de l'adhésion.

 

Le Figaro : Où en est-on dans la négociation en

 vue d'un traité européen simplifié ?

 

Nicolas SARKOZY : Cela progresse parce que certains

de nos partenaires ont compris que la France, en élisant

 un président de la République qui a eu le courage de

s'engager sur une ratification parlementaire, apporte les

 clés pour sortir de la crise européenne. Reste à se mettre

d'accord sur le contenu du traité simplifié. Cela ne peut pas

 être une Constitution dont les Français n'ont pas voulu.

 Il faut qu'il y ait de la substance: un président stable

du Conseil européen, un ministre européen des Affaire

s étrangères, des domaines plus larges soumis

à la majorité qualifiée et une référence aux droits

 fondamentaux. Aujourd'hui, personne ne dit plus que c'est impossible.

 

Le Figaro : Qu'attendez vous du G-8 ?

 

Nicolas SARKOZY : Je souhaite un accord sur un objectif

chiffré pour la réduction des gaz à effet de serre. On ne peut

pas transiger là-dessus. Je suis un ami des États-Unis,

un allié déterminé et un ami sans arrière pensées. Mais je

leur dis: il faut faire un effort. La première puissance du monde

 ne peut pas s'exonérer de donner l'exemple sur la préservation

 des équilibres de notre planète. Le deuxième enjeu consiste

à mobiliser davantage de richesses en faveur de l'Afrique.

Qui ne voit qu'il y a lien entre les deux enjeux ? Au Darfour,

 des populations se sont déplacées à cause de la sécheresse

 et cela conduit à des affrontements barbares. Je veux porter

 une autre politique africaine qui consiste à parler franchement

aux Africains. Je crois au droit à l'accès universel au

traitement du Sida en 2010. Mais je veux parler un langage

de vérité aux Africains : leurs problèmes ne viennent

pas que de l'extérieur de l'Afrique.

 

Le Figaro : Au Darfour, que faut-il faire ?

Des couloirs humanitaires ? Des sanctions contre Khartoum ?

 

Nicolas SARKOZY : Il y a au Darfour deux cents camps

 de réfugiés sur un territoire grand comme la France.

Et c'est la saison des pluies....
 
Mais on ne peut rester les bras croisés. Il faut d’urgence

 traiter les trois dimensions de cette tragédie : la sécurité

avec l’envoi d’une force ONU-Union Africaine, la relance

 d’une négociation politique et, enfin, l’aide humanitaire

sous toutes les formes possibles. J’en parlerai au G8 et

à ma demande Bernard Kouchner se rendra

 sur place dans les prochains jours.

 

Le Figaro : Comment abordez-vous votre rencontre

avec Vladimir Poutine ?

 

Nicolas SARKOZY : Il est très important d'avoir de bonnes

 relations avec la Russie. C'est un grand peuple,

une grande nation. Je n'ignore pas les difficultés de M. Poutine,

ses problèmes et ses réussites. Je vais le voir avec beaucoup

 d'intérêt, pour l'écouter et pour le comprendre.

 Qu'est ce qui le motive ? La Russie est redevenue un

 grand pays du monde. Cela devrait la conduire

à la sagesse et à la sérénité. Je dirai à M. Poutine

que l'amitié c'est également la franchise. Il est franc

quand il parle de son désaccord avec les Américains

 sur le système antimissile. Je ne prends pas cela comme

 inamical. Il ne doit donc pas juger inamicales les questions

qui ont été posées sur les droits de l'homme, et sur l'économie

 de marché en Russie. Je vais le rencontrer avec la volonté

qu'on se comprenne et que lui aussi accepte qu'on n'est

 pas forcément tous sur la même ligne.

 

Le Figaro : Est-ce une bonne idée de déployer ce

bouclier antimissile en Pologne et en République

 tchèque ? Pourquoi n'en a-t-on pas parlé entre Européens ?

 

Nicolas SARKOZY : Ce bouclier ne peut pas être

 efficient contre les missiles russes compte tenu justement

de sa proximité. Il est peut-être agressif à l'endroit de la

 Russie politiquement mais il ne l'est pas militairement. Il

eut mieux valu une concertation européenne, c'est certain.

 M. Poutine a raison de nous dire qu'il faut comprendre le

sentiment national russe mais je lui demande de prolonger

sa réflexion. Comprenons l'histoire de la Pologne, comprenons

 l'histoire de la République tchèque.

 

Le Figaro : Le dossier d'Ingrid Betancourt avance. Avez-vous

un espoir de dénouement rapide ?

 

Nicolas SARKOZY : Pas à ce jour. Je veux rendre hommage

 au président Uribe qui en libérant Rodrigo Granda a fait

un geste dont je mesure qu'il n'était pas facile pour lui.

La négociation est très difficile. Ce que nous avons fait était

 nécessaire mais n'est pas suffisant. D'autres discussions

 auront lieu. Je ne peux en dire plus. La priorité est d'avoir

une preuve de vie d'Ingrid Betancourt. Ensuite nous

 pourrons prendre d'autres initiatives."

 

Source : Le Figaro

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