03.08.2007

LE MASSACRE des JUIFS en ESPAGNE

 
 
Excellent  article d'henri  TINCQ   publié  sur le MONDE  du 2 Août 2007
 L'expulsion  des Juifs  d'ESPAGNE  lors  de la Reconquête  face  aux  Maures.
Nous y apprenons  pour ceux  qui l'auraient oublié,  que  ces  massacres 
avaient  déjà été perpétrés  tant  en FRANCE 
 qu'en ANGLETERRE  et dans tous les autres pays Catholiques  de l'Europe 
.
 Qui osera  dire aujourd'hui  par méconnaissance historique  que l'Europe  n'est pas Chrétienne? 
 Et pourquoi  certains l'affirment ils  ou  refusent ils  de prendre  en compte  notre histoire 
 depuis la chute  de ROME  ou mieux  celle de RAVENNES?
  Ces  massacres  continuels  des JUIFS  en EUROPE  n'ont jamais  atteints l'intensité 
 décrite  dans cet  article  du monde.
 Peu  de Français  ont une culture historique  suffisante  pour mettre 
 en perspective  tous ces évenements passés.
  Pourquoi  le Peuple JUIF  a t il  été  si longtemps  pourchassé  et  massacré 
en OCCIDENT  Chrétien?
 Pourquoi  seuls les évènements  du génocides  des NAZIS  est il 
 autant  mis  en exergue  dans nos mémoires ?
 Pourquoi  "CACHER"  aux peuples  tous  ces  massacres  continuels  qu'a enduré 
 le peuple JUIF  en EUROPE?
Pourquoi  les "EUROPEENS  CHRETIENS"  ont ils massacré  en continu 
le peuple JUIF 
 depuis 2000 ans? 
Quelles  sont  les véritables  raisons  de  ces massacres? 
 Pourquoi cet acharnement  continuel? 
 telles  sont les questiohs  qui mériteraient d'être  posées. 
Massacre  des juifs  au moyen âge  février 1349 :lire:
LES  JUIFS  en FRANCE  1000  ans  de tensions
LES  JUIFS  EN FRANCE  Saint  LOUIS
GENOCIDE  JUIF
HISTOIRE  DES  JUIFS  WIKISOURCE
EUROPE  et ANTISEMITISME
LE JUDAÏSME
article publié  dans le monde:  article  d'henri TINCQ
 

"Lu  sur  LE MONDE

"







Tous les exilés de Jérusalem en Espagne quittèrent
cette contrée maudite le cinquième mois de l'année 5252,
c'est-à-dire en 1492, et de là se dispersèrent aux
 quatre coins de la terre."
 Qui mieux que Joseph Ha-Cohen, dans La Vallée des Pleurs
(1560), a décrit la tragédie de l'expulsion des juifs
d'Espagne ?
 "Les juifs s'en allèrent où le vent les poussa,
en Afrique, en Asie, en Grèce et en Turquie.
D'accablantes souffrances et des douleurs
aiguës les assaillirent, les marins génois les maltraitèrent.
Des créatures infortunées mouraient de désespoir pendant
leur route :
 les musulmans en éventrèrent pour extraire de
leurs entrailles l'or qu'elles avaient avalé
 pour le cacher.
Il y en eut qui furent consumées par la peste et par la
faim.
 D'autres furent débarquées nues par le capitaine
 du vaisseau dans des îles désertes.
 D'autres encore vendues comme esclaves dans
le port de Gènes et les villes soumises à son obéissance."

 

1492, année du malheur pour les juifs, mais

 pour l'Espagne des Rois catholiques celle du triomphe

de la croix et d'une triple bénédiction : l

a chute de Grenade le 2 janvier, qui achève la

Reconquista sur les Maures ;

 l'exil d'au moins 120 000 juifs après le décret

du 31 mars ;

 la découverte de l'Amérique par Colomb.

L'Espagne s'éblouit, l'Espagne s'enivre.

Elle refait son unité et s'ampute de sa "gangrène" juive.

Pour avoir purifié son sol,

Dieu la récompense par l'or du Nouveau Monde.

Le plan de Dieu et l'histoire des hommes coïncident

et qu'importe si le prix des métaux précieux d'Amérique

 est le sang du paysan indien qu'on exploite dans les mines !

 Et celui de la pureté de l'Espagne l'expulsion

des juifs -

 avant celle des moriscos (musulmans convertis)

à partir de 1609 -,

qui, grâce à l'argent récolté par le rabbin Abraham

Senior ou Isaac Abravanel, avaient

pourtant fait beaucoup pour la Reconquista !

Les caisses royales y perdent, mais le sacrifice

 intellectuel aussi est considérable.

 Car s'il y a de pauvres juifs, beaucoup

sont ingénieux, actifs, imaginatifs.

"Ils sont médecins, courtiers, collecteurs d'impôts,

commerçants, intendants de noblesse, joailliers,

marchands de soieries",

raconte Andres Bernaldez,

le chroniqueur d'Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon,

les Rois catholiques.

 

Si la perte est grande, l'Espagne y gagne au

change divin.

Elle est le nouveau peuple élu qui supplée le peuple juif

à nouveau défaillant.

 En purifiant le royaume de cette engeance honnie,

 les Rois catholiques préparent le deuxième avènement

 du Christ annoncé dans l'Apocalypse.

 Francisco Enriquez écrira, en 1648,

qu'"un royaume sans religion une et pure est

 une réunion de bandits et d'hommes iniques".

Tout avait commencé en 1391, un siècle avant le

décret d'expulsion, par un bain de sang inondant la

 Castille, l'Aragon, la Catalogne, Majorque.

Les quartiers réservés aux juifs - les aljamas -

sont frappés par la contagion meurtrière.

 Comme si l'Espagne avait voulu signifier pour de bon

à ses juifs, enracinés de longue date,

que leur présence était devenue indésirable,

qu'ils devaient expier pour les épidémies,

 les famines, les guerres qui ravagent alors l'Europe.

Plus de 4 000 personnes périssent à Séville

 où sévit un moine fanatique, Martinez de Ecija.

 Prospère, la communauté de Barcelone est anéantie.

 Les assaillants "pillent, saccagent, massacrent à

 ravir.

Chaque ville fut, ce jour-là, une nouvelle Troie",

écrit un contemporain.

 Seuls ont la vie sauve les juifs qui implorent de

recevoir le baptême et des mots nouveaux

apparaissent : marrano, judeoconverso.

Plus progresse la Reconquista sur les Maures, plus

 se déchaîne la haine contre les juifs. Plus la croix

triomphe, plus sont écartés les ennemis de

Dieu et de l'Espagne.

Une ordonnance royale de 1412 contraint déjà les juifs,

 qui avaient toujours vécu au milieu du peuple

castillan, à rester parqués dans des "ghettos" isolés.

 Elle leur interdit d'exercer toute charge publique,

 de vendre de la viande ou tout autre comestible,

de se couper la barbe et les cheveux. En revanche,

 ils sont obligés de porter de longs manteaux

noirs descendant jusqu'aux pieds. Ces dispositions

 iniques ne font qu'étendre le soupçon sur les convertis

sincères et les baptisés "cryptojuifs" qui continuent

de pratiquer clandestinement leurs rites.

Dès le début de leur règne, en 1474, les Rois

catholiques entendent extirper le mal. Les juifs de Castille

sont confinés dans leurs ghettos, bannis des évêchés

de Séville et de Cordoue, de ceux de Saragosse,

d'Albarracin, de Teruel. Puis l'Inquisition entre en scène.

 Pour elle, les mesures de ségrégation et d'expulsion

régionales sont sans effet. Elle propose donc aux

souverains comme seule médecine le bannissement

généralisé. Les juifs castillans tentent bien de retarder

l'échéance, se disent prêts à payer le prix fort, mais

Torquemada, l'inquisiteur général, brandit devant la

Cour réunie, le 20 mars, un crucifix et rappelle la trahison

de Judas. Le décret royal du 31 mars 1492 est donc

signé : il donne trente jours à tous les juifs d'Espagne pour

 quitter la terre de leurs ancêtres.

Trente jours pour tenter de vendre leurs biens,

faire leurs adieux et vider les lieux.

Que leur reproche-t-on ?

Rien de moins que de contaminer la société espagnole.

"Les juifs essaient de soustraire les fidèles chrétiens

 à notre sainte foi,

de les en détourner, de les dévoyer, de les attirer à

leurs croyances et opinions damnées, écrit le décret d'expulsion.

 Ils les instruisent des cérémonies et observances de

 leur loi, veillent à leur circoncision, eux et leurs fils,

les informent des jeûnes à respecter, leur notifient l'arrivée

des Pâques,

leur donnent et apportent de chez eux le pain azyme et

les viandes abattues rituellement,

 les avertissent des nourritures dont ils doivent s'abstenir

 et des autres interdictions et les persuadent autant qu'ils

le peuvent d'observer et pratiquer la loi de Moïse, leur

 font comprendre qu'il n'y a d'autre loi ni d'autre vérité

que celle-là."

C'est le catalogue des pratiques juives "avouées" sous

 la torture infligée par les tribunaux de l'Inquisition,

 qui exercent de manière souveraine en Espagne

depuis une bulle du pape Sixte IV en 1478.

Le dominicain Tomas de Torquemada a été nommé

par le roi Ferdinand comme inquisiteur d'Aragon,

 de Valence, de Catalogne. Il lui faudra dix ans pour

constituer une Inquisition d'Etat. Les accusés et

condamnés se comptent par centaines, tous ou

 presque des judeo-conversos, nouveau masque

de l'hérésie.

L'obsession de la contamination anéantit par le feu,

 par l'exil, par la ruine, des familles entières parmi

les mieux intégrées. L'argument inquisitorial est

imparable : la présence de juifs sur le sol

espagnol témoigne de la grandeur d'âme

des souverains.

Qu'ils profitent de ce privilège pour entamer l'intégrité

de la société chrétienne est un crime d'ingratitude

 qui mérite les châtiments les plus sévères.

Seule une opération chirurgicale, coupant tout

lien entre les juifs et les "nouveaux chrétiens",

convertis sincères, est capable d'enrayer la

 propagation d'une tumeur maligne,

 l'hérésie judaïsante.

 

Au lieu d'extirper la tumeur, l'expulsion de 1492 et les "auto da fe" -

ces cérémonies à grand spectacle destinées à exhiber les hérétiques,

entendre leurs aveux et leurs condamnations - vont l'aggraver dans des

 proportions inimaginables. Après 1492, l'Espagne ne compte

officiellement plus un seul juif. Parmi les condamnés à l'exil,

 seuls 80 000 n'ont pu partir en raison de la maladie, de l'impécuniosité

 ou par crainte d'un exode à hauts risques et ils se sont fait baptiser.

 Mais une vague d'antisémitisme sans juifs va gagner l'Espagne,

incapable de chasser ses fantômes.

Paradoxe inouï : plus l'Espagne parque, chasse, envoie au bûcher ses juifs,

 plus elle est rongée par l'obsession de savoir qui sont les vrais ou les faux juifs,

 les vrais ou les faux convertis. Derrière chaque visage,

à l'église ou dans la rue, le doute s'insinue :

 celui-ci qui se dit chrétien l'est-il vraiment ?

N'est-il pas un "cryptojuif" qui, en secret,

fait shabbat le samedi, prépare sa cuisine selon les règles

 de la kashrout, célèbre les fêtes juives, procède à

la toilette funéraire selon le rituel juif ?

Un traumatisme naît qui va gangrener pendant trois siècles la société espagnole.

Comment l'expliquer ? Partout en Europe, les juifs sont la lie de la société.

 Ils sont spoliés, marginalisés, expulsés.

L'Espagne est même le dernier pays à avoir chassé ses juifs.

La France l'avait fait dès 1306,

l'Angleterre plus tôt encore.

 Mais l'Espagne se distingue par un antisémitisme racial,

promis au plus bel avenir,

en raison de la forte implantation de ses conversos,

ces convertis de force bien avant ou après les massacres de 1391

et l'expulsion de 1492.

Grâce au baptême, ces juifs convertis ont pu accéder aux

emplois de Cour, aux postes honorifiques,

aux charges ecclésiastiques qui leur étaient autrefois interdits.

 En entrant dans les universités et les ordres religieux où,

 comme juifs, ils n'avaient pas droit de cité, ils ont pénétré

des couches entières de la société - médecine, armée,

magistrature, clergé - et, à la faveur de beaux mariages,

dans la noblesse d'Aragon et de Castille.

L'Espagne catholique s'est longtemps flattée de ces conversions,

 avant de mesurer qu'elle avait ouvert la boîte de Pandore.

 On voulait les convertir, maintenant ils sont partout !

 Et ils investissent, avec ingéniosité, les secteurs les plus dynamiques

de la société.

 Alors, le venin du soupçon fait son oeuvre :

ce sont de faux chrétiens,

 des chrétiens masqués. Ils menacent la foi catholique de l'Espagne,

 sa cohésion sociale et religieuse à peine restaurée.

Chaque sujet du royaume étant officiellement catholique,

comment va- t-on les distinguer ? On invente un critère imparable :

celui du sang.

Dès le début du XVe siècle, un collège de l'université de Salamanque

avait introduit une règle interdisant à ceux qui ne viennent pas

d'un sang pur (ex puro sanguine) d'entrer dans ses rangs.

En 1440, à la suite d'émeutes anti-conversos,

Tolède est la première ville à adopter le statut de limpieza de sangre -

 la pureté de sang - que les efforts inlassables de

l'Inquisition et le futur cardinal Juan Marinez Siliceo,

le plus grand antisémite espagnol du XVIe, vont convaincre

le roi Philippe II, en 1543, d'étendre à toute l'Espagne.

La papauté hésite, car le statut de pureté de sang est une monstruosité théologique :

 l'eau du baptême n'est-elle pas purificatrice ?

Mais l'Inquisition, le bas clergé, le petit peuple vont le lui imposer.

L'idée que tout juif, même converti,

a du sang impur dans ses veines parce qu'il a contribué

à la crucifixion de Jésus-Christ

est très populaire.

 De même que le stéréotype selon lequel les juifs ont infiltré,

jusqu'à la Cour, les meilleures familles et la noblesse.

Parmi les convertis, l'Espagne compte de grands mystiques

 comme Thérèse d'Avila ou Louis de Grenade.

Et des inquisiteurs célèbres, comme Torquemada lui-même,

"dont les grands parents appartinrent au lignage des juifs convertis"

(selon l'historien Fernando del Pulgar).

 Mais le petit peuple, lui, pour son ascension sociale,

 peut se prévaloir d'avoir du sang pur.

S'il ne pouvait rêver d'aucun honneur - honor -, lui avait au moins

 l'honneur - honra - de ne pas avoir de sang juif.

"Le statut de pureté, c'est le marchepied de l'honneur du peuple",

conclut Henry Méchoulan.

L'Espagne entre alors dans une ère de racisme social et religieux,

 l'un attisant l'autre.

 Pour pouvoir entrer à l'université ou dans les ordres religieux,

il faut une attestation délivrée à la suite d'enquêtes généalogiques

 fouillées remontant au plus haut dans le lignage,

validant ou non un soupçon d'infection - alors que les

lois nazies de Nuremberg se limitaient à la quatrième génération.

La porte s'ouvre ainsi à toutes les campagnes de délation.

Une simple rumeur suffit à "souiller" une famille et à l'envoyer

dans les cachots de l'Inquisition.

Des "vieux catholiques" n'osent plus réclamer un certificat

de peur de se voir découvrir une origine juive.

 Le statut de limpieza de sangre paralyse toute mobilité sociale.

Mieux vaut ne pas bouger plutôt que de se faire accuser.

 Si on réussit, c'est qu'on a du sang juif !

Ce gel des relations sociales va scléroser l'Espagne.

La pureté du sang devient un sujet de terreur pour le converti qui vit

 sincèrement son catholicisme, autant que pour le catholique de

 façade resté fidèle à la loi de Moïse. Ils sont soumis au même

régime du soupçon, à la même menace de l'Inquisition.

Tout converti est un juif,

et donc un ennemi potentiel de la foi catholique.

C'est le début d'une névrose : la contamination juive et hérétique se fait par le sang,

par le lait et par la semence.

Les nourrices de la Cour sont soumises à des examens de sang,

 car l'enfant suce les moeurs de sa nourrice

 avec son lait ! Présupposé qui tourne à l'obsession biologique.

 Des traités entiers sont rédigés pour prouver que les juifs

souffrent toujours d'hémorroïdes ou que,

depuis la crucifixion du Christ, ils dégagent une odeur

si pestilentielle que pour s'en débarrasser,

ils doivent boire le sang pur d'enfants chrétiens tués,

le jour de Pâques, lors de meurtres rituels.

Avec le statut de "pureté du sang", le monde découvre

le racisme religieux qu'on retrouvera plus tard dans le protocole

des Sages de Sion et

 l'antisémitisme racial des nazis.

Cette obsession va imprégner toutes les mentalités en Espagne

 jusqu'au milieu du XVIIe siècle.

Au début du suivant, on trouvera encore des articles de loi

se référant aux juifs, alors qu'il n'y en a plus un seul.

Les juifs espagnols de l'exil sont à Amsterdam ou Istanbul,

où ils font partie de l'élite des médecins, des penseurs, des poètes

 et des marchands.

Mais résonnera longtemps la douleur de Joseph Ha-Cohen dans

La Vallée des Pleurs :

"Mon Dieu, nous ne t'avons pas oublié, ni trahi ton alliance.

 Mais à présent, hâte-toi de nous secourir, car c'est pour

toi qu'on nous égorge tous les jours et qu'on nous considère

comme des brebis destinées à la boucherie.

 Accours à notre aide,

Dieu de notre salut, soutiens notre cause et

 sauve-nous pour l'amour de ton nom !"  "

 

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