Chers camarades,
Ce qui se passe dans nos cités, on le voyait venir depuis quelques
années déjà, et on le disait.
Je me souviens avoir demandé en janvier 2002,
alors que je venais de vivre des émeutes assez graves dans ma ville,
la suppression du ministère de la Ville au profit d’un
renforcement des politiques de droit commun
sur ces territoires en souffrance.
J’entends bien l’analyse par nos camarades de la situation actuelle,
et je la partage en grande partie. Oui, la question sociale,
de l’emploi, les discriminations, est une des causes majeures
de la crise actuelle. Mais est-ce la seule ?
Peut-on raisonnablement tout réduire à cela ?
N’est-ce pas un peu court face à une situation qui n’a
cessé de se dégrader malgré nos réels
efforts depuis vingt ans ?
Attention à une analyse trop simple qui alimenterait plus
la victimisation que la responsabilisation.
Nous voulons être une force de propositions crédible
aux yeux des Français.
Alors hâtons-nous d’être au clair sur des questions aussi
essentielles que la politique d’immigration
de la France, ou la priorité à l’intégration,
questions auxquelles notre pays depuis longtemps ne
sait être ni ferme ni généreux.
Ayons vite enfin une doctrine claire sur l’articulation prévention/sécurité,
avec nos mots, nos valeurs, nos idées, et ne laissons plus
ce terrain à la droite,
alors que c’est une préoccupation première, avec
l’emploi, de notre électorat, en tout cas de celui
qu’il faudra retrouver pour battre la droite et pour gagner.
Plus généralement, acceptons ce constat :
le PS ne répond plus à la demande sociale, et une majorité de Français,
semble-t-il, pense qu’il n’a pas de projet pour la France,
qu’il n’offre pas d’alternative crédible à la politique de la droite
et qu’il est coupé de ceux qu’il aurait vocation à défendre.
C’est un jugement sévère, injuste,
d’où l’urgence de la rénovation de notre parti,
avec une démocratie interne renouvelée,
afin qu’il devienne un lieu de recherche et d’élaboration
permanente ouvert sur le monde.
Ensuite, pour être à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui, il doit
tenir un discours de vérité, c
ar la victoire ne viendra pas de ce qui plaît, mais de ce qui marche.
Vérité et lucidité sur notre monde, sur ce que peut l’action politique,
faire ce que l’on dit,
dire ce que l’on sait pouvoir faire.
Plutôt un socialisme libéral assumé, qu’un libéralisme sans le dire.
Vérité, c’est-à-dire refuser les postures et les incantations,
répondre à notre base sociale ne signifie pas entonner des
slogans auxquels d’ailleurs elle ne croit plus.
Seul ce discours de vérité nous donnera
les leviers d’action nécessaires à la transformation sociale.
Proposons des dispositifs concrets, nous y avons
contribué dans notre motion, permettant effectivement de
créer des emplois, d’améliorer le pouvoir d’achat,
de favoriser l’accès au logement, à l’éducation,
d’instaurer une égalité réelle, de garantir
une sécurité pour tous, et sans esquiver
la question des moyens.
Les Français ne nous croient plus.
Nous devons partir, étant socialistes,
de la pratique et non de la théorie.
Partout en Europe, y compris chez les nouveaux travaillistes
anglais et les socio-démocrates allemands,
on a appris, chacun avec les situations et le génie* propre
de son pays, à concilier réussite économique dans
le même contexte de mondialisation que nous et rénovation
du modèle social y compris dans les services publics,
et vitalité démocratique.
Agissons pour inventer un nouveau modèle français,
incluant la culture de la négociation, du compromis qui fait avancer,
du contrat social, en bref,
faisons marcher notre socialisme du possible
sur ses deux jambes, action collective et
volontarisme d’un état réformé
et encouragement des libertés sociales et économiques,
politique publique forte sur les défis majeurs de
notre société française, y compris de cohésion
sociale et nationale, et mobilisation des acteurs sociaux.
Et là, nous ne sommes pas dans un accompagnement
sans enthousiasme, mais bien dans une démarche
de transformation sociale, à la fois pragmatique
et courageuse.
Oui, notre socialisme est un réformisme de gauche
clairement assumé, mélange de réalisme,
de volonté et d’audace.
Mes chers camarades, et là je vous demande un instant
d’attention, c’est sans état d’âme que nous avons rejoint,
fort d’un score modeste mais prometteur,
la motion de François Hollande, avec le contenu de
laquelle nous avons plus de convergences que
de désaccords.
D’ailleurs, je pense que nous avons contribué
par notre présence dans les débats de section
et de fédération, à infléchir la tonalité des
débats, à limiter la course à être toujours le
plus à gauche,
bref, mes chers camarades, nous avons joué notre
rôle social. Alors, moi je le dis aussi
aujourd’hui, oui au rassemblement, mais attention,
nous n’entrerions dans l’ambiguïté qu’à notre détriment.
Je pense enfin que nous incarnons notre part de vérité,
mes chers camarades. J’ai la conviction, et c
ela vaut pour nos amis de la motion 1, mais pour
ensemble de nos camarades qui portent chacun
ici leur part de vérité, que notre candidat ou notre
candidate ne pourra l’emporter le moment venu
face à la droite et ensuite gouverner dans la durée,
qu’en prenant en compte notre part de vérité.
Car chacun le reconnaît en privé, mes chers camarades,
au PS, nos idées portent au sein du Parti,
au-delà de notre score et dans l’opinion de
gauche, ou potentiellement de gauche, bien
au-delà encore.
Oui, notre réalisme, notre liberté de ton,
notre nouveauté, notre audace, enfin, constituent à
n’en pas douter un ingrédient piquant mais
indispensable de la victoire espérée en 2007.
Jean-Marie Bockel, Congrès national du PS,
Le Mans, 19 novembre 2005
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