30.08.2007

Livre blanc sur la défense nationale

 


Allocution  du Président  de la République

Livre  Blanc  de la DEFENSE

Palais de l'Élysée, Paris, le 23 août 2007



"Monsieur le Premier ministre,


Mesdames et messieurs les ministres,


Monsieur le Président de la Commission du Livre blanc

 sur la défense et la sécurité nationale,


Mesdames et Messieurs, les membres de la commission,

 

J'ai souhaité donner une certaine solennité au lancement de vos travaux,

 à la fois pour marquer l'importance que j'y attache personnellement,

 comme chef de l'Etat,

 chef des armées, garant de l'indépendance du pays

 et du respect des traités internationaux,

et pour souligner les impulsions nouvelles

que j'entends imprimer à notre politique de défense et de sécurité.

Pourquoi un livre blanc ?

Un livre blanc est un texte de référence qui définit, pour une

 certaine période,

les objectifs d'une politique publique,

le cadre dans lequel elle se développe,

les choix qu'elle appelle, notamment pour adapter l'Etat.

 Les livres blancs sur la défense et la sécurité nationale

sont d'une nature particulière :

 ils traduisent concrètement l'ambition de l'Etat sur l'essentiel,

 c'est-à-dire la survie de la nation.

 Et dans ce domaine, je fais mienne la phrase du général de Gaulle :

 " La défense ! C'est la première raison d'être de l'Etat.

 Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même ".

Mais aujourd'hui dans le domaine de la défense et de

 la sécurité nationale, nous avons besoin d'un nouveau cadre.

Le Livre blanc dont vous engagez la préparation et que

 j'approuverai en mars prochain sera le troisième depuis

le début de la Vème République,

 après celui de 1972 et celui de 1994.

Il sera différent des précédents.

 Différent parce que le monde se transforme vite.

 Différent parce que nos conceptions, notre doctrine,

 notre organisation doivent s'adapter, en conséquence,

plus rapidement, sauf à prendre le risque que l'Etat manque

à son premier devoir :

 protéger la population, le pays, le caractère républicain de

ses institutions,

les grands choix internationaux qui conditionnent sa sécurité

et son bien-être.

Différent enfin parce que j'en ai confié la réalisation à

une commission au format et à la composition inédits,

j'y reviendrai.

Mais vous ne partez pas de rien, tout n'est pas à réinventer.

Les grandes fonctions de notre défense ; dissuasion, prévention,

protection et projection restent valides.

 Notamment la dissuasion qui reste un impératif absolu

sur lequel je me suis déjà clairement prononcé.

 Dans ce cadre, je souhaite que la réflexion que vous allez

 mener soit fidèle à la conception française de la défense et de la sécurité :

 c'est à dire globale dans sa vision du monde,

 exigeante sur son indépendance,

 ambitieuse pour l'Europe mais ouverte et pragmatique

sur ses alliances,

audacieuse dans son approche des droits de l'homme et

 particulièrement attentive aux régions du

monde dans lesquelles la France est historiquement

et culturellement présente.

J'ai voulu, d'emblée, que plusieurs changements

 marquent vos travaux.

Le premier tient à la nécessaire ouverture qui doit marquer la réflexion.

 C'est vital si nous voulons faire évoluer notre défense

et notre sécurité nationale vers une meilleure prise

 en compte des enjeux du XXIème siècle.

Nous devons construire la sécurité et la défense de demain

 en fonction des besoins,

 non en fonction d'habitudes ou de certitudes préétablies.

Bien entendu, puisqu'il s'agit de défense et de sécurité,

 ces travaux, notamment dans la phase de préparation des décisions,

 appelleront une certaine confidentialité, chacun le comprend.

Mais je souhaite une vraie rupture dans les méthodes.

 J'ai donc demandé au président de votre commission,

 dont je sais qu'il partage pleinement cette vision,

 de prêter une attention particulière à la prise en compte

d'une grande diversité d'opinions, d'expertises,

de sensibilités, politiques, professionnelles et sociales.

Cela impliquera des consultations larges auprès des différents

 acteurs de notre défense et de notre sécurité,

à tous les niveaux, avec l'appui des ministres concernés.

Vous devrez aussi procéder à des auditions publiques au cours

de vos travaux.

 Il faut sortir des cercles fermés et des réflexions en chambre.

Je souhaite donc que vous puissiez recueillir l'avis de personnalités

 étrangères, notamment européennes,

sur l'évolution future de l'environnement international

et sur l'idée qu'elles se font de la politique française.

Vous pourrez demander l'avis de scientifiques,

philosophes ou sociologues susceptibles d'éclairer

 l'avenir et la pertinence de nos choix.

 Ou encore faire appel au témoignage et à l'expérience

d'acteurs de terrain que l'on a peu l'habitude d'entendre.

Pour les mêmes raisons, je vous encourage également à aller à

la rencontre de celles et ceux qui, au quotidien, servent la défense et la sécurité nationale

: il faut bouger, écouter, apprendre, pour que cette réflexion tienne

 compte des réalités sociales, professionnelles,

humaines que connaissent ceux qui ont choisi de servir la défense

et la sécurité du pays.

L'ouverture, c'est aussi la présence parmi vous de membres de

la représentation nationale et d'élus locaux.

J'ai tenu personnellement à ce que le Parlement soit,

cette fois, associé à la commission dès l'amont des travaux.

Ceux-ci déboucheront, nous le savons, sur plusieurs traductions législatives.

 C'est en tout état de cause une dimension essentielle pour

 notre politique de défense et de sécurité nationale,

 essentielle pour le lien entre la nation, sa défense et ses choix en matière

 de sécurité.

 Je salue et remercie chaleureusement les membres des

 deux assemblées qui ont accepté cette tâche,

dans le respect des prérogatives respectives

et de la diversité des choix politiques de chacun.

Enfin, je tiens à souligner l'appel à contributions que vous

allez lancer prochainement,

 notamment auprès des centres universitaires compétents,

et la mise en place à cette fin d'un forum sur Internet.

 C'est une voie d'expression et de sensibilisation aujourd'hui indispensable.

Je l'ai dit, je souhaite que les Français entendent parler

 de la défense à d'autres occasions que le seul 14 juillet.


L'autre changement tient à la conception large de la défense et

 de la sécurité nationale que je vous demande de définir.

 Comme vous, j'entends dire depuis des années que

 la sécurité extérieure de la France et la sécurité de et

sur son territoire sont indissociables.

 Mais je n'en vois pas toujours la traduction concrète

 dans notre organisation, nos moyens, ou même notre réflexion !

A dire vrai, il faut s'interroger sur

 l'adéquation à la situation de demain de textes d'organisation de notre défense.

 Nous sommes tous d'accord pour estimer que la fin de la guerre froide

 aurait probablement du se traduire de façon plus concrète

 dans notre organisation et dans nos moyens.

 Le moment est venu de revoir des textes,

 certes vénérables comme les ordonnances de 59, mais qui datent

d'un demi-siècle.

Cette réflexion doit notamment permettre d'accélérer la réforme

du ministère de la défense qui est une des clés de

 cette modernisation.

Je laisse cela à votre appréciation : vous pressentez la mienne.

Je vous demande de me proposer une stratégie globale de défense

et de sécurité nationale actualisées

qui garantisse les intérêts de la nation

si une surprise stratégique venait à les menacer.

 Avec pour objectifs majeurs,

compréhensibles par tous nos concitoyens,

 la protection de la population

 et la défense des intérêts fondamentaux de la nation,

 y compris ses intérêts européens et internationaux.

Sur une base ainsi élargie, je souhaite engager une réforme de l'Etat,

pour l'adapter aux défis futurs de notre sécurité,

aux dimensions transnationales des menaces et des réponses aux menaces

.Il faut à l'évidence décloisonner les services

et les administrations,

renforcer la dimension interarmées de nos capacités ,

 mieux coordonner l'action interministérielle,

être capables d'agir efficacement en coordination avec

 nos partenaires européens et internationaux, qui

 se sont dotés de structures modernisées.

Les Français attendent de l'Etat qu'il dispose de capacités

 d'anticipation et de capacités de réaction très rapides.

 C'est la contrepartie légitimement attendue des efforts,

notamment financiers,

 consentis en faveur de la défense et de la sécurité nationale.

 Nous nous devons de répondre à cette attente.

 Anticipation et réactivité seront donc les maîtres mots de

cette nouvelle stratégie.

Dans ce cadre, il faudra aussi aborder des aspects

de cette politique publique qui n'avaient pu être traités à fond en 1994

: bien entendu, les conséquences de la professionnalisation

des forces armées sur la relation entre la défense,

la sécurité et la société ;

 mais aussi l'organisation de nos moyens sur le territoire

 métropolitain et outre-mer, ou encore les dimensions

 nouvelles de la sécurité civile face aux risques de

catastrophes naturelles, de crise sanitaire internationale,

 ou d'hyper terrorisme.

Comme je m'y suis engagé devant les Français,

cette réflexion sera conduite sans tabou.

 Les compétences qui sont ici rassemblées

 et leur diversité sont un gage de crédibilité.

La sécurité des Français exige en effet une identification

aussi claire que possible des dangers contre lesquels

il faut se prémunir, mais aussi des coopérations

et des conditions de paix dans le monde qu'il faut encourager.

D'ores et déjà, le terrorisme et la prolifération apparaissent comme

 des enjeux majeurs.

Ils étaient clairement identifiés dans le Livre Blanc de 1994

 mais ils sont en passe de franchir un seuil particulièrement inquiétant.

Notre sécurité ne s'y réduit pourtant pas.

 D'autres enjeux, moins évidents, d'autres données,

moins connues, seront déterminants ou vont apparaître en

pleine lumière dans les années à venir : je pense

 notamment à toutes les conséquences de la mondialisation.

Ne cédons pas aux visions réductrices, simplificatrices ou

manichéennes du monde :

elles sont rarement un gage de paix,

 elles ne sont guère dans la tradition de la France.

Il est de notre responsabilité de préparer l'avenir en prenant en compte

 la complexité des enjeux, les causes

 des conflits possibles, et aussi les raisons d'espérer.

Au demeurant, et c'est une dimension essentielle de vos travaux,

 la France définit sa défense et sa sécurité nationale dans un cadre européen,

transatlantique et international.

 Elle doit être à même de peser dans les organisations qui

déterminent la paix et la sécurité internationale,

comme de répondre aux obligations qui découlent de

 sa participation et de sa place au Conseil de sécurité.

Il conviendra que vous me fassiez les propositions qui

vous paraîtront les meilleures en ce sens.

Je souhaite adapter notre politique et nos moyens à ces enjeux.

Je souhaite que la France contribue activement à la définition

 d'un cadre international plus efficace,

plus juste aussi, qui réponde aux défis des quinze ans à venir.

Car, là également, réside l'une des clés de la sécurité des Français.

Enfin, votre travail, large et libre, devra être opérationnel et conclusif.

Votre rôle est d'aider à déterminer des choix particulièrement

 importants pour le pays :

 objectifs hiérarchisés de défense et de sécurité nationale,

stratégie, équipements, formats des forces,

 financement, ressources humaines, cohérence de l'effort

 de renseignement, politique industrielle et de

recherche.

 Rien ne doit vous être étranger.

La tâche est rude, car les contraintes sont multiples,

les nécessités de changement importantes et l'héritage lourd.

J'ai fixé le cadre général de l'effort de la nation

autour de 2% de la richesse nationale.

C'est une indication importante pour vos travaux.

Cet objectif doit permettre à la France de se doter des capacités

nécessaires et de rester dans le peloton de tête des

nations européennes, avec le Royaume Uni.

Les arbitrages et décisions relèveront du chef de l'Etat.

 Leur traduction législative, qui sera sans doute diversifiée

compte tenu du champ qui vous est assigné,

 sera soumise au Parlement par le gouvernement.

Il conviendra, à cette fin, de disposer de scénarios crédibles,

 de choix clairs. Je ne me déroberai pas, quant à moi,

 aux responsabilités que m'ont confiées les Français.

Il me reste, Monsieur le conseiller d'Etat, Mesdames,

 Messieurs, à vous remercier d'avoir accepté de

consacrer votre temps, votre énergie et votre expérience

à cette entreprise essentielle de modernisation

de notre défense et de notre sécurité.


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