"Travaux d'Hercule
Bien sûr, la gauche peut toujours faire comme si de rien n’était.
Se glorifiant de sa présence au second tour de l’élection présidentielle
avec le score honorable de 47% des suffrages,
elle peut tranquillement attendre des prochaines échéances
que l’impopularité gouvernementale lui redonne les clefs du pouvoir.
Après tout, sa situation n’est pas pire qu’en 2002.
Or la gauche humiliée s’était à l’époque voilée la face sur les raisons du désastre.
Un tel déni du réel serait pourtant plus périlleux que jamais.
La loi des alternances systématiques a été rompue le 6 mai 2007.
Et la gauche a été défaite à l’élection présidentielle pour la troisième fois consécutive.
Ajournée pour cause de scrutin législatif,
l’heure de vérité a toutes les raisons de sonner.
L’épreuve sera douloureuse :
à force de reporter aux lendemains qui déchantent les débats nécessaires,
les questions non résolues se sont accumulées.
L’indispensable refondation de la gauche française en pose au moins quatre.
La question du leadership.
A défaut d’être la plus importante, c’est la plus évidente. Lionel Jospin n’a pas eu de successeur après 2002. Habile plus que convaincant, François Hollande n’a jamais incarné une claire direction pour le PS. Ségolène Royal a percé en profitant des faiblesses de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius. Si la candidate socialiste a montré sa force de caractère dans la campagne présidentielle, elle est loin d’avoir prouvé sa capacité à conduire la rénovation de la gauche. Royal a une conception de la politique trop personnelle et médiatique pour mener à bien une entreprise collective et idéologique aussi délicate. Pour autant, les failles de ses anciens concurrents à l’investiture du PS n’ont pas disparu avec son propre insuccès. DSK peine toujours à donner un contenu pertinent à la « social-démocratie » qu’il vante tandis que Fabius demeure peu crédible sur la « ligne de gauche » qu’il préconise.
La question de l’organisation.
Le Parti socialiste né à Epinay (1971) est moribond. C’est un parti épuisé et dévitalisé – avec des adhérents qui sont de moins en moins des militants – qui s’en est remis à Royal. Avec sa base sociologique étroite, sa bureaucratisation routinière et sa perte de goût pour le débat d’idées, le PS n’a plus les ressources internes d’un rebondissement. Celui-ci suppose sans doute la construction d’un grand parti de la gauche réformiste. Une telle formation pourrait abriter un large éventail de sensibilités, allant du centre-gauche aux post-communistes. La mutation souhaitable du PS n’est pas seulement d’ordre politique. La régénérescence de la gauche suppose qu’un tel parti attire en son sein des militants du monde social, syndicaliste ou associatif.
La question des alliances.
Au-delà des calculs tactiques et des arrangements de circonstances, dont les scrutins de ce printemps fournissent quelques illustrations, le choix des partenaires ne se pose sérieusement qu’une fois les autres questions réglées. C’est sur la base d’un rapport de forces favorable que le futur PS pourra, sans danger existentiel, négocier avec d’autres formations. On peut imaginer qu’un grand parti social-démocrate noue des alliances à la fois avec des écologistes enfin responsables et avec des centristes enfin autonomes. Le PS serait, à l’inverse, bien mal inspiré d’aider à la constitution, sur son flanc droit, d’un parti de centre-gauche qui réduirait singulièrement son propre espace électoral.
La question de la doctrine.
C’est la question des questions. La politique n’étant pas qu’affaire d’image et de communication, un solide travail idéologique s’impose à la gauche. A la « nouvelle droite » partiellement refondée par Nicolas Sarkozy doit correspondre une « nouvelle gauche » armée de cohérence. La tâche sera difficile si l’on songe que la gauche est aujourd’hui profondément divisée sur la plupart de questions (libéralisme, immigration, Europe, mondialisation). L’incapacité commune de la gauche anti-libérale et de la gauche social-libérale à proposer une doctrine convaincante offre néanmoins quelque chance à un processus de clarification inévitablement long et laborieux.
Le vrai problème de la gauche française est celui de sa praxis, c’est-à-dire de l’action qu’elle déploie pour faire vivre ses valeurs. La doctrine à bâtir ne peut être un nouveau talisman idéologique. Le fossé entre le discours radical et la pratique timorée est un des maux historiques de la gauche hexagonale. Pour simplifier, le PS est trop à gauche dans l’opposition mais aussi trop à droite au pouvoir. S’ils sont irréductibles, le réel et l’idéal ne peuvent sans dommages être étrangers l’un à l’autre."
Article publié dans Enjeux-Les Echos de juin 2007







qui veulent défendre un programme anticapitaliste dans



