"Travailleuses, travailleurs,
L’élection présidentielle a donné lieu à une débauche de discours patriotiques,
voire chauvins. De la part
de Le Pen, c’est naturel.
Ce démagogue d’extrême droite a bâti sa carrière politique
sur la méfiance et la haine à l’égard de l’étranger,
et plus spécialement à l’égard des travailleurs immigrés
qui vivent et travaillent en France.
Il en va de même pour Sarkozy.
Pour prendre à Le Pen une partie de son électorat,
il a repris ses arguments les plus réactionnaires,
les plus stupides et les plus éculés.
Mais, au fil de la campagne,
Ségolène Royal s’est alignée, à son tour, sur le même terrain.
Bien sûr, La Marseillaise et le drapeau tricolore dont elle a chanté les
louanges ont été les symboles d’une révolution
. Mais c’était il y a deux cents ans et,
depuis, ce drapeau est devenu l’emblème de la bourgeoisie française.
Et l’Etat de cette bourgeoisie devenue impérialiste est allé imposer
les intérêts de ses capitalistes et de leurs affaires
aux quatre coins du monde par le fer, le feu et la torture.
Le drapeau tricolore a alors été celui de guerres de conquête,
celui de l’oppression coloniale,
celui du pillage d’une grande partie de l’Afrique et
de plusieurs pays d’Asie pour le compte de la bourgeoisie française.
Un des aspects les pires de cette actuelle débauche de nationalisme,
c’est qu’elle creuse l’opposition entre ceux qui sont nés
en France et ceux qui n’y sont pas nés.
L’immigration est transformée par la démagogie politicienne
en menace terrible pour la population française.
Mais toute l’histoire de l’humanité est faite de migrations
et de mélanges ethniques !
Et le développement capitaliste les a accentués dans
des proportions colossales.
En transformant les paysans en prolétaires,
le capitalisme les a déracinés en même temps.
Plus le capitalisme se développait,
plus il attirait la population des campagnes vers
les centres industriels. Les prolétaires ont
toujours été des expatriés.
Il y a un siècle, ils étaient les expatriés de leurs villages,
de leurs régions, venant du Limousin,
de la Creuse, de Bretagne ou de Savoie.
Puis, ceux-là intégrés, sont arrivés ceux venant de plus loin,
d’Italie, de Pologne, d’Espagne et du Portugal.
Après eux, ou en même temps, sont arrivés
ceux de l’empire colonial, des Vietnamiens, des Africains,
des Maghrébins. Il faut noter qu’en France,
après la Deuxième Guerre, la Régie Renault,
avant d’envoyer des recruteurs au Maroc,
avait fait venir de nombreux travailleurs de Bretagne,
d’ailleurs un peu isolés à Billancourt.
Aujourd’hui, les travailleurs des grandes entreprises en France
viennent de partout : aux anciennes colonies françaises,
se sont ajoutés ceux de Turquie, de l’ex-Yougouslavie,
du Pakistan, de Ceylan, du Bengladesh…
C’est le capitalisme qui en a fait des prolétaires, ce sont
les grandes entreprises qui ont mêlé dans un même creuset
ceux qui travaillent sur les mêmes chaînes de production
ou sur les mêmes chantiers.
Les séparer artificiellement les uns des autres, les opposer,
les pousser vers les repliements communautaires,
est un des aspects les plus réactionnaires non seulement du
discours d’extrême droite, mais aussi de la politique
de tous les gouvernements.
Ces gouvernements qui, les uns après les autres, ont établi
des quotas, dressé des obstacles, fait voter des lois,
qui n’ont jamais arrêté la migration, car la migration,
c’est la vie même de l’humanité.
Mais ces obstacles ont contribué à créer ou à renforcer des
préjugés qui sont à la fois stupides et réactionnaires
mais qui, même lorsqu’ils ne prennent pas une forme violente,
divisent le monde du travail et dressent ses composantes
les unes contre les autres.
Il faut refuser tout cela ! Il faut sans cesse rappeler que, par
delà les origines, par delà la nationalité,
nous formons une seule et même classe ouvrière !
Et tous les travailleurs qui ont vécu une grève savent comment
la lutte menée en commun fait émerger cette solidarité,
ce sentiment qu’ensemble on peut l’emporter qui est le
propre de la classe ouvrière et qui en fait, aussi, la force.
Pour résoudre un prétendu problème de migration, celui en
particulier où la misère et la faim poussent des millions
d’hommes et de femmes venant de pays pauvres vers
les pays industriels, les politiciens, de la droite au PS,
ont le cynisme de parler de co-développement.
Mais la France impérialiste et ses anciennes colonies
d’Afrique vivent depuis longtemps en co-développement.
Leurs liens historiques témoignent précisément que l
e seul co-développement possible,
sous le règne du capital,
c’est un co-développement où les unes s’appauvrissent
et les autres s’enrichissent, où les unes sont
pillées et les autres accumulent le butin de ce pillage.
Oui, le co-développement que les pays capitalistes
d’Europe occidentale offrent depuis des siècles aux pays
pauvres d’Afrique ou d’Asie, c’est successivement
ou simultanément le trafic d’esclaves, le colonialisme et
la domination économique des grands trusts des pays impérialistes.
Et un des aspects les plus insupportables de l’évolution
de l’impérialisme à notre époque, c’est qu’au temps
des communications à la vitesse de la lumière, des
déplacements rapides ;
au temps où les barrières de la distance sont progressivement
supprimées, on dresse d’autres barrières entre les peuples.
Et on en dresse en particulier entre les quelques régions
privilégiées de la planète,
les grandes nations industrielles, et la majeure partie pauvre de
la planète.
Des murs pour séparer les Etats-Unis du Mexique,
des murs à Ceuta et à Melilla,
enclaves espagnoles au Maroc,
pour protéger l’Europe contre des Africains
qui cherchent pour survivre à trouver du travail dans les pays développés
d’Europe occidentale.
Des mers, des océans ou même des fleuves qui,
au lieu de constituer des liens entre les peuples,
comme cela a été le cas bien souvent aux temps anciens,
les séparent aujourd’hui. Des hélicoptères et des vedettes
de la police pour empêcher des boat-people haïtiens
d’accoster sur les côtes américaines, pour empêcher
des Africains d’atteindre les côtes d’Espagne ou d’Italie.
Eh bien oui, nous sommes fiers d’être internationalistes !
Nous sommes fiers d’affirmer que, sur cette planète,
il n’y a qu’un seul peuple et qu’une seule humanité.
Les intérêts des exploités et, au-delà de tous les hommes,
sont les mêmes d’un bout à l’autre de la planète.
Eh bien oui, être communiste, c’est être internationaliste.
Pas seulement par attitude morale, par solidarité abstraite.
Mais parce que la société future, celle qui s’édifiera sur
les ruines du capitalisme, la société communiste n’est
possible qu’à l’échelle du monde. Les frontières et les
barbelés d’aujourd’hui apparaîtront aux yeux de nos petits-enfants
comme aussi barbares, aussi abjectes,
que le passé dont témoignent ces bâtiments de l’île de Gorée,
au Sénégal, point de départ des bateaux d’esclaves,
conservés pour rappeler à l’humanité la barbarie du trafic
du bois d’ébène.
Eh bien, nous ne sommes pas sortis de cette barbarie.
Elle a changé de forme, mais pas de contenu !
L’esclavage économique a remplacé un peu partout sur
la planète l’esclavage tout court.
Oh, je sais bien que, dans nos pays développés,
rapprocher le sort des travailleurs salariés de celui des
esclaves apparaît comme une analogie hasardeuse et
exagérée.
Mais est-ce si exagéré s’agissant de ces millions de
prolétaires de pays pauvres,
du Bengladesh, d’Abidjan, de Lagos ou de Port-au-Prince ?
Dans les pays impérialistes où se trouvent les sanctuaires
du grand capital, celui-ci a accepté de concéder au
prolétariat une vie un peu meilleure et une certaine
protection contre les aléas de l’existence.
Mais on voit bien, même dans ces pays riches, depuis
plusieurs années, à quel point ces avantages
sont aléatoires et susceptibles d’être remis brutalement
en cause. Même dans les pays riches, la partie la plus
pauvre du monde du travail est ramenée à des conditions
d’existence qui se rapprochent de celles des pays les moins
développés. Les cabanes autour du périphérique
parisien n’ont pas grand-chose à envier à celles de Rio de Janeiro.
Mais dans combien de pays pauvres, les prolétaires n’ont
jamais connu d’autre existence que la misère, que les taudis,
que la faim qui tenaille, avec pour seul espoir l’unique repas
par jour pour soi-même et sa famille ? Dans combien de pays,
pour que survive la famille, il faut que les enfants de dix ans,
ou moins, travaillent, comme les enfants de Liverpool ou
de Manchester à l’époque du capitalisme naissant ?
Mais ces prolétaires des pays pauvres, qui semblent
parcourir avec retard le même chemin que la classe ouvrière
d’Europe occidentale, n’ont pas en face d’eux les
industriels du 19e siècle, mais le grand capital moderne,
les mêmes grands groupes industriels et financiers
qui exploitent aussi les travailleurs d’ici.
Eh bien, c’est tous ceux-là, les nôtres, les travailleurs
des villes industrielles de France et d’Europe certes, mais
aussi ceux d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie !
Il est à la mode, depuis quelques années, de désigner par
le nom de « mondialisation » cette réalité mondiale qui
est marquée par la domination des trusts multi-nationaux
sur le monde, par l’échange inégal, par la libre circulation
des capitaux qui signifie surtout le libre pillage de la planète.
Mais c’est une expression impropre et qui dissimule plus
qu’elle ne dit et surtout qui conduit vers de faux objectifs.
C’est une expression impropre car la mondialisation n’est
vraiment pas nouvelle. Tout le développement du
capitalisme s’est fait dans le cadre mondial. Et les pires
aspects de cette mondialisation, la domination des
grands trusts et des grandes puissances impérialistes
sur le monde, sont là depuis plus d’un siècle. Mais,
surtout ceux qui, aujourd’hui, font un drapeau de l’anti-mondialisation
ou de l’anti-libéralisme, n’ont rien d’autre à proposer,
explicitement ou implicitement, que le retour à des
frontières économiques fermées, à des droits de douane
qui renchériraient tout ce qui se consomme à l’intérieur
des pays, à un protectionnisme qui serait
catastrophique pour les classes populaires.
Eh bien, ce qui est à la base de l’inégalité fondamentale
et des maux de l’économie mondiale d’aujourd’hui,
ce n’est pas la mondialisation, c’est l’impérialisme !
Et on ne peut pas corriger ou réformer l’impérialisme,
on ne peut pas l’améliorer, on ne peut que le détruire
en mettant fin au capitalisme, à l’organisation
économique qui en est la base. Et se dire « anticapitaliste »
ne signifie pas que l’on veut détruire le capitalisme et
le remplacer par une société socialiste ou communiste.
L’impérialisme, ce n’est pas seulement le pillage de la
planète par quelques centaines de grands groupes
industriels et financiers. C’est aussi les guerres derrière lesquelles
il y a, pour ainsi dire, presque toujours la concurrence,
la rivalité entre ces grands groupes industriels ou celle
des Etats impérialistes qui les représentent. C’esty aussi la
guerre menée directement par les armées des puissances
impérialistes en Irak ou en Afghanistan. Et, pour ce qui
concerne notre impérialisme, l’impérialisme français,
les guerres civiles, ouvertes ou latentes, en Côte-d’Ivoire,
au Tchad ou en République centrafricaine, sans même
parler du Congo-Zaïre.
Tous les dirigeants politiques, qu’ils soient de gauche ou
de droite, se retrouvent pour parler de l’importance de
« la présence française dans le monde ».
Mais, derrière cette expression,
il y a la préoccupation fondamentale de préserver les intérêts du
grand capital français.
La diplomatie sert à cela, mais il n’y a pas que la diplomatie,
car c’est aussi à cela que servent les porte-avions,
les sous-marins, les troupes que l’on stationne ou que l
’on déploie en Afrique ou ailleurs. C’est sur les
services publics, et donc sur la population laborieuse d’ici,
que l’on prélève de quoi intervenir contre la population
laborieuse en Afrique ou ailleurs. Ces intérêts étaient hier,
au temps des colonies, ceux de Boussac,
Lesieur ou Michelin. Aujourd’hui, ce sont ceux de Bouygues,
Bolloré et compagnie.
Il serait long d’énumérer la liste de tous les conflits qui
déchirent l’humanité. Mais tous les conflits qui durent portent,
directement ou indirectement, les stigmates de la domination
impérialiste sur le monde. Depuis la fin de la Deuxième
Guerre mondiale, il n’y a pas une minute où les armes se
sont tues quelque part sur la planète.
Les puissances impérialistes ont joué un rôle majeur dans
le fait qu’en Palestine, un peuple entier soit enfermé dans
un camp de concentration, tandis qu’un autre peuple a
été transformé en geôlier.
Les rivalités passées entre impérialismes ont joué un rôle
majeur dans le morcellement de l’Afrique, dans la création
d’Etats non viables, aux frontières arbitraires qui déchirent
des peuples et sont à la base de tant de guerres locales.
Et, surtout, le pillage impérialiste est la cause principale du
sous-développement, du règne de dictateurs serviles envers
les puissances impérialistes, féroces à l’égard de leurs peuples.
Dans les conflits où l’impérialisme est directement impliqué,
nous sommes, bien sûr, solidaires des peuples qui en
subissent directement les coups.
Nous sommes aux côtés des opprimés contre les oppresseurs.
Dans les cas des anciennes colonies africaines de la France,
nous sommes pour le retrait des troupes françaises d’Afrique. N
ous sommes pour le retrait des troupes des puissances
impérialistes aussi bien d’Irak que d’Afghanistan.
Nous sommes pour le droit du peuple palestinien à disposer
d’un Etat et de ne pas subir l’oppression de l’Etat d’Israël.
Mais tout cela, ce n’est que de la solidarité élémentaire.
Le véritable problème de l’avenir est l’existence même de
l’impérialisme.
Tant qu’il y a l’impérialisme, même si un foyer de tension s’éteint,
il y en a un autre qui s’allume inévitablement. C’est
à l’impérialisme lui-même qu’il faut mettre fin.
Mais cela est impossible sans mettre fin
au capitalisme lui-même.
Avec le recul politique de la classe ouvrière,
bien des expressions ont été galvaudées, dénaturées.
Les mots « anti-impérialistes »
ou « anticapitalistes » sont devenus des mots-valises
dans lesquels chacun peut mettre ce qu’il a envie
d’y mettre et parfois pas grand-chose.
Combien d’organisations nationalistes des pays pauvres
se disent anti-impérialistes alors qu’elles veulent
seulement que l’impérialisme leur laisse le droit
de prélever pour elles-mêmes une partie un peu plus
grande sur l’exploitation de leurs propres peuples ?
Combien de courants réformistes des pays impérialistes
se disent anti-impérialistes alors que les partis qui les
représentent, comme le PS en France, ont assumé
la responsabilité politique de guerres coloniales ou de guerres
d’oppression menées, sous leur direction, par leur propre impérialisme ?
Le seul moment dans l’histoire du siècle dernier où l’impérialisme
a été réellement menacé a été lorsque le prolétariat russe
a conquis le pouvoir politique et qu’une de ses
premières préoccupations a été de tendre
une main fraternelle au prolétariat des autres pays pour
fonder une Internationale afin que les prolétaires des
différents pays, en combattant leur propre bourgeoisie,
unissent leurs forces pour renverser le capitalisme à l’échelle internationale.
La Russie révolutionnaire est restée seule
. Elle a dégénéré, donnant naissance à une bureaucratie
anti-ouvrière. Un des indices majeurs de cette
dégénérescence anti-ouvrière a été précisément le moment
où les dirigeants de la bureaucratie ont commencé
à parler de « socialisme dans un seul pays » et
ont abandonné le combat en dissociant le sort de la
révolution russe de celui de la révolution internationale.
C’est dire que le combat contre l’impérialisme ne reprendra
que lorsque la classe ouvrière aura retrouvé le sens de
ses intérêts politiques à court comme à long terme, c’est-à-dire
lorsqu’elle se sera donnée un véritable parti qui la représente.
Entre notre objectif de contribuer à la reconstruction d’un
véritable parti ouvrier représentant les intérêts politiques
et sociaux des travailleurs, un véritable parti socialiste,
un véritable parti communiste, et le renversement de l’impérialisme,
la distance peut paraître galactique.
Mais une fois que ce parti existe et que la classe ouvrière
retrouve la conscience de son rôle dans la transformation de la
société, alors, les choses peuvent aller vite, très vite.
Alors, camarades, bonne fin de fête ! Et la fête finie, il faudra
reprendre nos activités, à commencer par la campagne des
législatives. Nous avons à œuvrer pour que nos idées, l
es idées de lutte de classe, les idées de l’émancipation
des classes exploitées, les idées communistes
, retrouvent le chemin de la classe sociale à laquelle
elles sont destinées et qui, seule, pourra les réaliser :
la classe des travailleurs salariés et leurs alliés éventuels."
Presles, le 28 mai 2007