20.08.2008
Le combat en Montagne
- Vidéo - Mourir pour Kaboul, l'édito vidéo de Christophe Barbier
- Article - Le sang français en Afghanistan
- Article - L'armée et l'Otan lancent une offensive contre les taliban
- Article - Le ton monte entre Islamabad et Kaboul
CARTES d'AFGHANISTAN:
La guerre en montagne impose des contraintes spécifiques.
La plus importante est le cloisonnement de la manœuvre. Ici, plus que partout ailleurs, le terrain est un facteur décisif. Le front d’attaque est très souvent réduit. On manœuvre de vallée en vallée en passant col après col. L’action militaire est ainsi particulièrement morcelée. Cela entraîne une grande décentralisation des combats et donne, de ce fait, une grande marge d’initiative aux subordonnés. Les communications et les liaisons sont souvent très difficiles et particulièrement vulnérables. A cela s’ajoutent les très lourdes contraintes logistiques. Les troupes se trouvent souvent coupées de leurs ravitaillements. L’une des causes de la lenteur de la progression des alliés en 1943-44 en Italie réside dans ce point : des routes étroites, des pluies diluviennes, un ennemi déterminé et la formidable logistique anglo-saxonne se trouve paralysée.
Pendant très longtemps aussi, l’une des raisons du peu d’empressement des chefs militaires pour la guerre de montagne fut l’ignorance du terrain et l’absence de cartes fiables. Trop souvent les colonnes militaires étaient réduites à se faire guider par des passeurs à la loyauté parfois fluctuante avec tous les risques que cela pouvait entraîner…Il faut attendre le XVIII° siècle en France pour disposer des premières cartes réellement utilisables (cartes Cassini) par les chefs militaires pour élaborer une manœuvre.
Autre contrainte : l’artillerie voit son efficacité amoindrie pendant longtemps (jusqu’à la mise au point des mortiers, armes autorisant le tir courbe) à cause des contre-pentes. De même, l’aviation est ici moins efficace dans ses interventions d’appui-sol car le relief n’autorise pas des évolutions aériennes « libres ». L’hélicoptère est une amélioration significative mais il voit son utilisation limitée à 5 000 mètres d’altitude…
La guerre de montagne repose sur des principes immuables :
La formule à retenir est : « qui tient les hauts, tient les bas ! ». En montagne, la défensive l’emporte sur l’offensive.
Un assaillant doit souvent contourner l’adversaire. Dans ce cas, les rocades (axes qui sont parallèles à la ligne de front) sont essentielles mais pas toujours possibles (ou existantes tout simplement) en montagnes où le terrain « commande » et impose ses contraintes. Il y a la nécessité de disposer de troupes spécialisées, possédant un entraînement spécifique qui ne peut s’improviser. Les communications sont essentielles. Il faut les maintenir. Les Soviétiques concentrèrent ainsi leurs efforts pendant la guerre d’Afghanistan sur la préservation du tunnel de Salang entre l’URSS et l’Afghanistan. C’est ici aussi que le Commandant Massoud multiplia ses actions offensives !
La montagne autorise, pour les chefs audacieux et les troupes décidées, des actions fondées par la surprise en utilisant les axes les plus improbables et donc les plus impraticables. La libération de Mussolini par le commando allemand de Skorzeny en est un exemple (utilisation de planeurs…).
La logistique est un point décisif déjà évoqué. Ainsi, pour les hommes faut-il une grande autonomie pour ne pas trop dépendre d’un ravitaillement aléatoire. Mais qui dit montagne, dit déplacement à pied… Si le chef veut une troupe qui ne perd pas trop rapidement son aptitude au combat par une fatigue excessive, il ne faut pas trop surcharger les hommes… Ainsi la formule du célèbre capitaine Stéphane pendant la Seconde Guerre mondiale : « Une balle, un homme ». L’emport des munitions étant limité pour cause d’allégement, cette formule impitoyable s’explique parfaitement.
L’avenir de la guerre en montagne.
Tous les stratèges militaires s’accordent sur ce point. La guerre de montagne va prendre de plus en plus d’importance.
Les zones de conflits actuels illustrent bien cette vision de la guerre : Colombie, Népal, Kurdistan, Caucase, Kabylie, Afghanistan, etc…
La guerre en montagne est souvent qualifiée de « guerre des pauvres » car elle « nivelle » les moyens techniques. Là où une troupe faiblement équipée se fera écraser rapidement en plaine,
elle pourra résister, voire porter des coups sévères à l’adversaire. La guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques illustre bien ce fait.
Dernier point : sur les 27 conflits identifiés en 2001, 23 se déroulent en montagne…
15:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, afghanistan, sarkozi, morin, ump, modem, ps
15.09.2007
Le BRUIT DES BOTTES... pour ceux qui veulent entendre!
"Vols militaires à la limite de la Scandinavie, tir d'un nouveau missile, explosion d'une mégabombe...
Moscou cherche à défier l'Europe et les États-Unis, comme au temps de la guerre froide.
Les avions militaires russes ont contourné les côtes norvégiennes avant de se diriger vers l'Atlantique et n'ont pas pénétré les espaces aériens des deux pays européens, a indiqué l'armée norvégienne. En revanche, l'espace aérien finlandais a été brièvement violé hier matin par un avion de transport militaire Iliouchine 76, a annoncé le ministère finlandais de la Défense. Les vols militaires russes se sont multipliés à proximité de la Scandinavie et du Royaume-Uni depuis l'annonce par Vladimir Poutine, le 17 août dernier, de la reprise de patrouilles de bombardiers stratégiques.
Les bombardiers détectés hier étaient des Tupolev 160. C'est un appareil de ce type qui a largué une nouvelle bombe à effet de souffle, présentée comme la plus puissante du monde par la télévision publique russe, qui a diffusé l'information mardi (lire ci-contre).
Nouveau missile intercontinental
Fin août, lors du salon aéronautique international MAK, qui se tient chaque année près de Moscou, des chasseurs Sukhoï 27 ont effectué une simulation particulièrement spectaculaire de combat aérien. En mai, les militaires russes avaient annoncé le premier succès pour le nouveau missile intercontinental RS-24 à têtes nucléaires multiples. Le missile, qui avait été tiré de la base militaire spatiale de Plessetsk, dans le Nord-Ouest, avait survolé toute la Russie avant de détruire une cible dans la péninsule du Kamtchatka, 6 000 km plus loin. La nouvelle arme a été brandie comme une réponse directe aux éléments du bouclier antimissile que les Américains prévoient d'installer en Europe centrale.
« Chaque semaine, il y a une nouvelle démonstration de bombe ou de nouveau missile », observe, avec une pointe d'ironie, Aleksandr Golts, rédacteur en chef adjoint du magazine en ligne Ejednevny Journal, bon connaisseur des questions militaires. Certains « nouveaux missiles » ne sont en réalité que de simples versions améliorées d'armes existantes, ou des premiers tests réussis après des séries d'échecs, nuance Isabelle Facon, spécialiste de la défense russe à la Fondation pour la recherche stratégique de Paris. Quant à la reprise des patrouilles à long rayon d'action des bombardiers stratégiques, qui avaient été interrompues en 1992, il ne s'agit en réalité que d'exercices, tempère Aleksandr Golts. De véritables patrouilles signifieraient que les avions emportent dans leur soute des têtes nucléaires, comme ils le firent seulement entre 1985 et 1987, ce qui n'est pas actuellement le cas, selon Golts. Il n'empêche que les vols des imposants Tupolev 95, appareils à hélices sortis tout droit de Docteur Folamour, de Stanley Kubrick, ont de forts relents de guerre froide.
«Restauration de la superpuissance»
Ces démonstrations de force « répondent surtout à des enjeux de politique intérieure, analyse Aleksandr Golts. Quel que soit finalement le dauphin adoubé par Poutine, « l'un des thèmes de la campagne présidentielle sera la restauration de la superpuissance russe », prévoit-il. Pour Isabelle Facon, « la nostalgie de la grandeur » n'est pas qu'une posture du Kremlin et des généraux formés à l'époque soviétique. Elle est véritablement ancrée dans l'esprit de nombreux citoyens russes qui ont vécu l'effondrement économique et la crise de l'armée, dans les années 1990, comme une humiliation. Une période de faiblesse dont l'Occident a profité pour élargir l'Otan et intervenir au Kosovo. Depuis, grâce aux pétrodollars, Moscou est parvenu à quadrupler son budget de défense entre 2001 et 2007. Parallèlement, le président russe aurait perçu l'intervention américaine en Irak et les « révolutions de couleur », en Géorgie ou en Ukraine, comme un réel tournant dans sa relation avec l'Occident. La Russie n'allait plus se laisser marcher sur les pieds.
Lorsque, au coeur du mois d'août, Vladimir Poutine a posé torse nu lors d'une partie de pêche en Sibérie avec le prince Albert de Monaco, ses pectoraux et abdominaux sculpturaux ont beaucoup agité les médias et la blogosphère russes. Les muscles bronzés donnaient symboliquement le ton de la campagne."
13:11 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, politique critique, politique de défense, livre blanc, morin, sarkozy, fillon
24.08.2007
Livre Blanc sur la Défense Nationale
Allocution du Président de la République
Livre Blanc de la DEFENSE
Palais de l'Élysée, Paris, le 23 août 2007
"Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les ministres,
Monsieur le Président de la Commission du Livre blanc
sur la défense et la sécurité nationale,
Mesdames et Messieurs, les membres de la commission,
J'ai souhaité donner une certaine solennité au lancement de vos travaux,
à la fois pour marquer l'importance que j'y attache personnellement,
comme chef de l'Etat,
chef des armées, garant de l'indépendance du pays
et du respect des traités internationaux,
et pour souligner les impulsions nouvelles
que j'entends imprimer à notre politique de défense et de sécurité.
Pourquoi un livre blanc ?
Un livre blanc est un texte de référence qui définit, pour une
certaine période,
les objectifs d'une politique publique,
le cadre dans lequel elle se développe,
les choix qu'elle appelle, notamment pour adapter l'Etat.
Les livres blancs sur la défense et la sécurité nationale
sont d'une nature particulière :
ils traduisent concrètement l'ambition de l'Etat sur l'essentiel,
c'est-à-dire la survie de la nation.
Et dans ce domaine, je fais mienne la phrase du général de Gaulle :
" La défense ! C'est la première raison d'être de l'Etat.
Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même ".
Mais aujourd'hui dans le domaine de la défense et de
la sécurité nationale, nous avons besoin d'un nouveau cadre.
Le Livre blanc dont vous engagez la préparation et que
j'approuverai en mars prochain sera le troisième depuis
le début de la Vème République,
après celui de 1972 et celui de 1994.
Il sera différent des précédents.
Différent parce que le monde se transforme vite.
Différent parce que nos conceptions, notre doctrine,
notre organisation doivent s'adapter, en conséquence,
plus rapidement, sauf à prendre le risque que l'Etat manque
à son premier devoir :
protéger la population, le pays, le caractère républicain de
ses institutions,
les grands choix internationaux qui conditionnent sa sécurité
et son bien-être.
Différent enfin parce que j'en ai confié la réalisation à
une commission au format et à la composition inédits,
j'y reviendrai.
Mais vous ne partez pas de rien, tout n'est pas à réinventer.
Les grandes fonctions de notre défense ; dissuasion, prévention,
protection et projection restent valides.
Notamment la dissuasion qui reste un impératif absolu
sur lequel je me suis déjà clairement prononcé.
Dans ce cadre, je souhaite que la réflexion que vous allez
mener soit fidèle à la conception française de la défense et de la sécurité :
c'est à dire globale dans sa vision du monde,
exigeante sur son indépendance,
ambitieuse pour l'Europe mais ouverte et pragmatique
sur ses alliances,
audacieuse dans son approche des droits de l'homme et
particulièrement attentive aux régions du
monde dans lesquelles la France est historiquement
et culturellement présente.
J'ai voulu, d'emblée, que plusieurs changements
marquent vos travaux.
Le premier tient à la nécessaire ouverture qui doit marquer la réflexion.
C'est vital si nous voulons faire évoluer notre défense
et notre sécurité nationale vers une meilleure prise
en compte des enjeux du XXIème siècle.
Nous devons construire la sécurité et la défense de demain
en fonction des besoins,
non en fonction d'habitudes ou de certitudes préétablies.
Bien entendu, puisqu'il s'agit de défense et de sécurité,
ces travaux, notamment dans la phase de préparation des décisions,
appelleront une certaine confidentialité, chacun le comprend.
Mais je souhaite une vraie rupture dans les méthodes.
J'ai donc demandé au président de votre commission,
dont je sais qu'il partage pleinement cette vision,
de prêter une attention particulière à la prise en compte
d'une grande diversité d'opinions, d'expertises,
de sensibilités, politiques, professionnelles et sociales.
Cela impliquera des consultations larges auprès des différents
acteurs de notre défense et de notre sécurité,
à tous les niveaux, avec l'appui des ministres concernés.
Vous devrez aussi procéder à des auditions publiques au cours
de vos travaux.
Il faut sortir des cercles fermés et des réflexions en chambre.
Je souhaite donc que vous puissiez recueillir l'avis de personnalités
étrangères, notamment européennes,
sur l'évolution future de l'environnement international
et sur l'idée qu'elles se font de la politique française.
Vous pourrez demander l'avis de scientifiques,
philosophes ou sociologues susceptibles d'éclairer
l'avenir et la pertinence de nos choix.
Ou encore faire appel au témoignage et à l'expérience
d'acteurs de terrain que l'on a peu l'habitude d'entendre.
Pour les mêmes raisons, je vous encourage également à aller à
la rencontre de celles et ceux qui, au quotidien, servent la défense et la sécurité nationale
: il faut bouger, écouter, apprendre, pour que cette réflexion tienne
compte des réalités sociales, professionnelles,
humaines que connaissent ceux qui ont choisi de servir la défense
et la sécurité du pays.
L'ouverture, c'est aussi la présence parmi vous de membres de
la représentation nationale et d'élus locaux.
J'ai tenu personnellement à ce que le Parlement soit,
cette fois, associé à la commission dès l'amont des travaux.
Ceux-ci déboucheront, nous le savons, sur plusieurs traductions législatives.
C'est en tout état de cause une dimension essentielle pour
notre politique de défense et de sécurité nationale,
essentielle pour le lien entre la nation, sa défense et ses choix en matière
de sécurité.
Je salue et remercie chaleureusement les membres des
deux assemblées qui ont accepté cette tâche,
dans le respect des prérogatives respectives
et de la diversité des choix politiques de chacun.
Enfin, je tiens à souligner l'appel à contributions que vous
allez lancer prochainement,
notamment auprès des centres universitaires compétents,
et la mise en place à cette fin d'un forum sur Internet.
C'est une voie d'expression et de sensibilisation aujourd'hui indispensable.
Je l'ai dit, je souhaite que les Français entendent parler
de la défense à d'autres occasions que le seul 14 juillet.
L'autre changement tient à la conception large de la défense et
de la sécurité nationale que je vous demande de définir.
Comme vous, j'entends dire depuis des années que
la sécurité extérieure de la France et la sécurité de et
sur son territoire sont indissociables.
Mais je n'en vois pas toujours la traduction concrète
dans notre organisation, nos moyens, ou même notre réflexion !
A dire vrai, il faut s'interroger sur
l'adéquation à la situation de demain de textes d'organisation de notre défense.
Nous sommes tous d'accord pour estimer que la fin de la guerre froide
aurait probablement du se traduire de façon plus concrète
dans notre organisation et dans nos moyens.
Le moment est venu de revoir des textes,
certes vénérables comme les ordonnances de 59, mais qui datent
d'un demi-siècle.
Cette réflexion doit notamment permettre d'accélérer la réforme
du ministère de la défense qui est une des clés de
cette modernisation.
Je laisse cela à votre appréciation : vous pressentez la mienne.
Je vous demande de me proposer une stratégie globale de défense
et de sécurité nationale actualisées
qui garantisse les intérêts de la nation
si une surprise stratégique venait à les menacer.
Avec pour objectifs majeurs,
compréhensibles par tous nos concitoyens,
la protection de la population
et la défense des intérêts fondamentaux de la nation,
y compris ses intérêts européens et internationaux.
Sur une base ainsi élargie, je souhaite engager une réforme de l'Etat,
pour l'adapter aux défis futurs de notre sécurité,
aux dimensions transnationales des menaces et des réponses aux menaces
.Il faut à l'évidence décloisonner les services
et les administrations,
renforcer la dimension interarmées de nos capacités ,
mieux coordonner l'action interministérielle,
être capables d'agir efficacement en coordination avec
nos partenaires européens et internationaux, qui
se sont dotés de structures modernisées.
Les Français attendent de l'Etat qu'il dispose de capacités
d'anticipation et de capacités de réaction très rapides.
C'est la contrepartie légitimement attendue des efforts,
notamment financiers,
consentis en faveur de la défense et de la sécurité nationale.
Nous nous devons de répondre à cette attente.
Anticipation et réactivité seront donc les maîtres mots de
cette nouvelle stratégie.
Dans ce cadre, il faudra aussi aborder des aspects
de cette politique publique qui n'avaient pu être traités à fond en 1994
: bien entendu, les conséquences de la professionnalisation
des forces armées sur la relation entre la défense,
la sécurité et la société ;
mais aussi l'organisation de nos moyens sur le territoire
métropolitain et outre-mer, ou encore les dimensions
nouvelles de la sécurité civile face aux risques de
catastrophes naturelles, de crise sanitaire internationale,
ou d'hyper terrorisme.
Comme je m'y suis engagé devant les Français,
cette réflexion sera conduite sans tabou.
Les compétences qui sont ici rassemblées
et leur diversité sont un gage de crédibilité.
La sécurité des Français exige en effet une identification
aussi claire que possible des dangers contre lesquels
il faut se prémunir, mais aussi des coopérations
et des conditions de paix dans le monde qu'il faut encourager.
D'ores et déjà, le terrorisme et la prolifération apparaissent comme
des enjeux majeurs.
Ils étaient clairement identifiés dans le Livre Blanc de 1994
mais ils sont en passe de franchir un seuil particulièrement inquiétant.
Notre sécurité ne s'y réduit pourtant pas.
D'autres enjeux, moins évidents, d'autres données,
moins connues, seront déterminants ou vont apparaître en
pleine lumière dans les années à venir : je pense
notamment à toutes les conséquences de la mondialisation.
Ne cédons pas aux visions réductrices, simplificatrices ou
manichéennes du monde :
elles sont rarement un gage de paix,
elles ne sont guère dans la tradition de la France.
Il est de notre responsabilité de préparer l'avenir en prenant en compte
la complexité des enjeux, les causes
des conflits possibles, et aussi les raisons d'espérer.
Au demeurant, et c'est une dimension essentielle de vos travaux,
la France définit sa défense et sa sécurité nationale dans un cadre européen,
transatlantique et international.
Elle doit être à même de peser dans les organisations qui
déterminent la paix et la sécurité internationale,
comme de répondre aux obligations qui découlent de
sa participation et de sa place au Conseil de sécurité.
Il conviendra que vous me fassiez les propositions qui
vous paraîtront les meilleures en ce sens.
Je souhaite adapter notre politique et nos moyens à ces enjeux.
Je souhaite que la France contribue activement à la définition
d'un cadre international plus efficace,
plus juste aussi, qui réponde aux défis des quinze ans à venir.
Car, là également, réside l'une des clés de la sécurité des Français.
Enfin, votre travail, large et libre, devra être opérationnel et conclusif.
Votre rôle est d'aider à déterminer des choix particulièrement
importants pour le pays :
objectifs hiérarchisés de défense et de sécurité nationale,
stratégie, équipements, formats des forces,
financement, ressources humaines, cohérence de l'effort
de renseignement, politique industrielle et de
recherche.
Rien ne doit vous être étranger.
La tâche est rude, car les contraintes sont multiples,
les nécessités de changement importantes et l'héritage lourd.
J'ai fixé le cadre général de l'effort de la nation
autour de 2% de la richesse nationale.
C'est une indication importante pour vos travaux.
Cet objectif doit permettre à la France de se doter des capacités
nécessaires et de rester dans le peloton de tête des
nations européennes, avec le Royaume Uni.
Les arbitrages et décisions relèveront du chef de l'Etat.
Leur traduction législative, qui sera sans doute diversifiée
compte tenu du champ qui vous est assigné,
sera soumise au Parlement par le gouvernement.
Il conviendra, à cette fin, de disposer de scénarios crédibles,
de choix clairs. Je ne me déroberai pas, quant à moi,
aux responsabilités que m'ont confiées les Français.
Il me reste, Monsieur le conseiller d'Etat, Mesdames,
Messieurs, à vous remercier d'avoir accepté de
consacrer votre temps, votre énergie et votre expérience
à cette entreprise essentielle de modernisation
de notre défense et de notre sécurité.
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