Il est souvent instructif de lire tous les programmes sans exclusive. le texte ci dessous extrait d'un meeting où Madame Arlette LAGUILLER s'y était exprimée montre à l'évidence que ce qu'elle dénonce parfois avec virulence n'est pas totalement faux.
Si les mesures qu'elle précononise sont d'un autre âge, l'analyse qu'elle fait de la réalité de la vie de trop de nombreux de nos compatriotes devrait interpeller nos candidats futurs.
Oui ,c'est un fait plus de dix millions de Français souffrent dans leur chair de la situation économique du pays (cela est intolérable). Si les moyens qu'elle préconise sont ceux qui ne peuvent qu'aggraver encore leur situation, l'aspect social des programmes de tous les candidats devra être le thème central de la prochaine campagne, où les candidats seront alors jugés nobn seulement sur leur compréhension mais essentiellement sur le COMMENT répondre aux attentes légitimes des plus faibles du pays qui depuis 25 ans ont été dramatiquement écartés.
" Pourtant, la situation du monde du travail n’a rien de réjouissant. La vie est de plus en plus dure pour tous ceux qui n’ont que leur salaire pour vivre.
Les salaires insuffisants, la précarité, l’intensification du rythme du travail et, souvent, l’arrogance du patronat et de l’encadrement sont le lot de tous ceux qui ont un emploi, avec par-dessus tout la crainte permanente de le perdre, même lorsqu’on est en CDI.
Mais, pour beaucoup, même cette situation est enviable lorsqu’on a perdu son emploi ou lorsqu’on n’a jamais eu d’emploi stable et qu’on courre de contrat précaire en contrat précaire, avec le salaire dérisoire que cela implique et, en permanence, la peur de ne rien retrouver et de sombrer dans le chômage.
Ceux qui nous gouvernent manipulent les statistiques et font dire aux chiffres que le chômage baisse. Mensonge grossier démenti par la vie ; nous le constatons tous autour de nous.
Le plus révoltant, c’est qu’en même temps les entreprises se vantent de profits records et que tous ceux qui vivent de leurs capitaux enregistrent d’une année sur l’autre une croissance de leurs revenus entre dix et vingt pour cent minimum, quand ce n’est pas plus.
C’est au monde du travail, aux classes populaires, aux plus pauvres qu’on impose tous les sacrifices. Aux autres, à ceux qui vivent des revenus de leurs capitaux et de l’exploitation des premiers, on réserve toutes les faveurs et toutes les protections. C’est d’ailleurs pour qu’une petite minorité de patrons, de propriétaires d’entreprises et d’actionnaires puisse s’enrichir toujours plus qu’on impose des sacrifices à la majorité de la population.
Villepin et Borloo, son ministre dit « de l’Emploi », se disputent la paternité de cette prétendue baisse du nombre de chômeurs dans des statistiques truquées. Mais ces stages de formation, ces contrats d’apprentissage, tout ce qu’ils appellent les « emplois aidés », n’aident que les patrons qui bénéficient de baisses de charges ou de fiscalité.
Malgré ces aides, le chômage ne baisse pas pour la simple raison que les patrons empochent cet argent au détriment du budget de l’Etat ou de celui de la Sécurité sociale l’ajoutent à leurs profits, tandis qu’ils n’embauchent que le minimum qui leur permet de faire tourner leurs entreprises en intensifiant le travail.
Mais, enfin, il y a au moins un de ces types de contrats dont le gouvernement ne se vante plus : le CPE. Il n’était qu’un des nombreux contrats précaires qui, tous, foulent aux pieds ce qui dans la législation du travail protège un peu les travailleurs. Mais, à la différence des autres, dont son frère jumeau, le CNE, le gouvernement a été obligé de reculer devant la mobilisation de la jeunesse étudiante. Eh bien, tant mieux, et bravo les jeunes !
Mais, toutes les propositions qui ont été faites par la gauche, pendant le mouvement contre le CPE ou depuis, se placent sur ce même terrain des « emplois aidés », où l’Etat paye une grande partie de ce que devrait payer l’employeur.
Le chômage est catastrophique depuis un quart de siècle au bas mot. Une génération ! Et, depuis, tous les dirigeants politiques, ceux de la droite comme ceux de la gauche, débordent d’imagination pour inventer sur le papier ou dans les discours de nouvelles formules dites anti-chômage, accompagnées surtout de nouvelles mesures incitatives, et pas du tout contraignantes, sauf pour les chômeurs !
Mais le patronat n’est pas plus sensible aux discours qu’à la misère croissante dans les quartiers populaires. Il n’est guidé que par une seule chose : par sa froide logique à lui, celle du profit maximum.
Toutes les mesures incitatives ne sont et ne peuvent être que tromperie ! Il n’y a pas d’autre façon de combattre le chômage que d’obliger le patronat à maintenir les emplois et à en créer de nouveaux en diminuant l’exploitation et pour financer cela, il faut prendre sur les profits des entreprises.
Pas de raison que le produit des entreprises soit monopolisé par une minorité. Les travailleurs ont aussi des droits sur ce qu’ils ont produit, sur les milliards accumulés par Michelin, Peugeot, Renault ou Total. Ils sont en réalité les seuls qui devraient y avoir droit. Le profit est réalisé avec la sueur, avec la peau de ceux qui produisent, les actionnaires sont des parasites.
Il est scandaleux que pas le moindre centime de cette richesse ne soit consacré à sauver le travail, le salaire et la vie de ceux qui l’ont créée ! Il est scandaleux que des privilégiés encaissent tout, pendant que la société crève du chômage. Ce scandale permanent de cette société ne disparaîtra que sous la contrainte, et sans attendre la bonne volonté de la part de ceux qui en profitent.
Le montant total des profits des 40 plus grandes entreprises cotées en Bourse est de plus de 83 milliards d’euros. Cette somme, dont la part essentielle est distribuée aux actionnaires et le reste gaspillé dans les bagarres entre groupes industriels pour se racheter les uns les autres, permettrait de verser un salaire de 1.500 euros, augmenté des charges patronales, à trois millions cent mille personnes. Les 1.500 euros mensuels équivalent au Smic actuel augmenté de 300 euros, sans attendre cinq ans.
Et qu’on ne nous dise pas qu’il ne suffit pas de disposer de quoi financer les salaires, encore faut-il créer des emplois ! Comme s’il ne manquait pas des centaines de milliers d’emplois non seulement utiles mais indispensables dans les services publics ! Combien de personnel manque-t-il dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, dans les crèches et garderies ? Combien d’agents manquent dans l’enseignement, à commencer par les écoles maternelles et primaires, pour assurer un enseignement valable à tous, en particulier aux enfants des classes populaires ? Combien d’emplois producteurs de valeurs pourrait-on créer pour construire les logements sociaux qui manquent ? Et combien d’emplois manquent dans les transports collectifs ?
Et puis, au-delà des services publics, des emplois pourraient et devraient être créés dans les entreprises elles-mêmes. Pour donner du travail à tous, il faut répartir le travail entre tous, sans diminution de salaire. On est aujourd’hui dans une situation irrationnelle, stupide et humainement inacceptable. D’un côté, dans les entreprises, on augmente sans cesse les cadences de travail, on grignote les temps de pause, on use les travailleurs jusqu’aux limites morales et physiques, et pas seulement sur les chaînes de production mais même aux caisses de supermarchés ou sur les plateformes téléphoniques, et d’un autre côté, des centaines, des millions de travailleurs sont privés d’emploi et ne peuvent être utiles à la société !
Plutôt que de jeter les aumônes de l’allocation chômage ou du Rmi à ceux qui n’ont pas de travail pour les empêcher de crever de faim dans un des pays les plus riches du monde, il faut répartir le travail entre tous en assurant à chacun un salaire correct ! Ce serait infiniment plus rationnel et plus humain, Mais c’est la solution qu’aucun gouvernement n’envisagera jamais car tous sont des serviteurs, de loyaux gestionnaires de la bourgeois, et pour tous, le profit est sacré !
La droite et la gauche gouvernementales diffèrent un peu par leurs langages respectifs, par certains aspects de leur politique. Mais sur cette question, elles sont profondément, fondamentalement d’accord : il ne faut pas toucher aux profits, il ne faut pas toucher aux revenus de la grande bourgeoisie.
Les annonces de profits exceptionnels de la part des plus grandes entreprises de ce pays se succèdent sans discontinuer. pourtant, aucun des dirigeants politiques, ni ceux qui assurent le gouvernement aujourd’hui ni les dirigeants du PS qui sont en train de rédiger leur programme électoral, n’ose affirmer qu’il faut une augmentation conséquente de l’impôt sur les bénéfices des entreprises qui est aujourd’hui au taux ridiculement bas de 33 %. Pourtant, cette proposition n’a rien de révolutionnaire. Cet impôt était de 50 % sous De Gaulle, sous Pompidou, sous Giscard, qui n’étaient pas des bolchéviks au couteau entre les dents !
Il n’y a de solution à aucun des problèmes fondamentaux du monde du travail, le chômage et les bas salaires, sans puiser dans les profits patronaux ! Tout le reste n’est que poudre aux yeux !
Depuis plusieurs semaines qu’a éclaté l’affaire Clearstream, le PS concentre ses attaques contre la droite sur cette sombre affaire. Oh oui, la puanteur qui se dégage de cette affaire est bien significative des mœurs de ceux qui nous gouvernent. Elle lève, aussi, un coin du voile sur les liens étroits entre les dirigeants politiques et les milieux d’affaires, entre les grands patrons et les ministres. Mais, pour ce qui est de l’affaire Clearstream elle-même, qu’est-ce que cela peut faire aux travailleurs que Villepin ait tenté une manipulation contre Sarkozy ou que Sarkozy ait réussi à retourner la manœuvre contre Villepin ? Ces gens-là, s’ils sont capables, dans leur rivalité pour le pouvoir, de tous les coups tordus les uns contre les autres, gouvernent cependant ensemble, en accord parfait sur toutes les meures contre les classes populaires.
Et comment croire en l’indignation des dirigeants du PS qui réclament la démission de Villepin, quand ce n’est pas la démission de Chirac ? Mais, enfin, Chirac a été élu aussi avec les voix du PS et du PCF ! Fort de ses 82 % de votes au deuxième tour de la présidentielle de 2002, Chirac a eu la caution morale de quatre électeurs sur cinq pour porter aux travailleurs tous les mauvais coups qu’il voulait. Il a pu s’entourer des ministres qu’il voulait, constituer des gouvernements parmi les plus réactionnaires que le pays ait connus, laisser Sarkozy jouer les terreurs de banlieue avec un vocabulaire volé à Le Pen. Pourquoi se gêner, puisqu’il avait l’investiture, non seulement de son camp, la droite, mais aussi du PS et du PC ?
Alors, lorsque, à l’approche des élections, les dirigeants du PS s’indignent des sales « affaires » de l’équipe au pouvoir, de Clearstream à l’amnistie de Guy Drut, il faut se souvenir qu’ils se sont alignés honteusement derrière un homme de droite déconsidéré, en mentant lorsqu’ils prétendaient que c’était le seul moyen d’éviter que Le Pen soit élu au second tour. Ils savaient tous que Le Pen n’avait aucune chance et que Chirac aurait été largement élu avec les seuls votes de la droite.
Leur mensonge visait à éviter toute explication, tout examen critique de leur propre politique, toute remise en cause de leurs responsabilités, durant les cinq ans du gouvernement Jospin. Car, si Jospin n’était pas présent au deuxième tour, c’est parce que le gouvernement de gauche avait déçu son propre camp, son propre électorat, au point que le PS perde deux millions et demi de voix, et le PC, un million et demi, soit quatre millions au total.
Ce refus de la gauche d’examiner la politique menée pendant les cinq ans de Jospin, nous concerne directement, aujourd’hui. Ses dirigeants ne veulent pas réexaminer les cinq ans de gouvernement Jospin et dire clairement quelles mesures auraient dû être prises et les mesure qu’au contraire il n’aurait pas fallu prendre, pourrait passer aujourd’hui, dans la perspective des élections de 2007, comme non seulement des consignes du passé, mais des engagements pour l’avenir.
Le PS veut revenir au pouvoir, flanqué des Verts et du PC et de tous ceux qui sont prêts à cautionner sa politique, mais sans aucun engagement sérieux vis-à-vis du monde du travail ! Sans engagement de toucher aux profits patronaux pour atténuer un tant soit peu les difficultés du monde du travail !
Ils peuvent promettre de porter le Smic à 1.500 euros en cinq ans mais c’est à peine au-dessus de l’augmentation moyenne de ces dernières années.
Ségolène Royal a laissé le vernis craquer et a montré que, derrière le sourire n’apparaît que le langage de Sarkozy. En cela, elle est digne des grands ancêtres de la SFIO.
Digne de Jules Moch, ministre socialiste de l’Intérieur, qui en 1948 organisa la répression contre les mineurs en grève. Avec, évidemment, l’aide de l’armée.
Digne de Guy Mollet, président du Conseil, qui rappela les jeunes qui venaient d’être libérés du service militaire pour les envoyer en Algérie aggraver la répression.
Et Ségolène compte aujourd’hui sur l’armée pour encadrer les jeunes des banlieues et leur apprendre à vivre de la manière dont les bourgeois voudraient les voir : obéissant, marchant au pas et, au besoin, réprimant en brûlant et en tuant, mais sur ordre et qui on leur dit.
Mais la politique de la droite au pouvoir est tellement opposée aux intérêts des classes populaires d’un côté, et de l’autre elle s’enfonce tellement dans les affaires multiples au point de dégoûter une partie de son propre électorat, qu’on dirait que Chirac, Villepin, Sarkozy et consorts font la campagne du PS, à moins que ce ne soit celle de Le Pen.
Aussi il se peut qu’aux prochaines élections de 2007, présidentielle et législatives, la gauche l’emporte.
Mais c’est justement pour cela qu’il faut que soit défendue, dans cette campagne, une politique correspondant aux intérêts politiques et sociaux du monde du travail, à ses exigences vitales. Nous dénoncerons la politique du gouvernement actuel mais sans équivoque, pas comme le font les socialistes. En effet, nous ne voulons pas propager la moindre illusion vis-à-vis de la gauche gouvernementale, que ce soit la gauche qui a dit « oui » au référendum sur la Constitution européenne ou que ce soit la gauche du « non » car les dirigeants de ces deux gauches ont gouverné ensemble sous Jospin et ne demandent qu’à gouverner encore ensemble si la droite perd les élections de 2007.
Nous insisterons sur le fait que la gestion capitaliste des entreprises, menée dans le secret des conseils d’administration en fonction de la seule rentabilité financière, est non seulement catastrophique pour les travailleurs mais aussi pour toutes les autres couches populaires, et même pour toute la société. Même l’écologie est une diversion si l’on ne s’en prend pas à la gestion des grandes entreprises car de la pollution, ce sont elles qui en décident.
Et, en conséquence, nous continuerons à défendre l’idée qu’il est vital pour toute la société que les salariés, les consommateurs et la population aient accès au jour le jour à toute la comptabilité des grandes entreprises et qu’il faut pouvoir rendre publics à l’avance les projets en cours, comme à long terme, de toutes les grandes entreprises. Les profits accumulés dans les entreprises, comme le fonctionnement de ces dernières, doivent être sous le contrôle de toute la société, et pas seulement des conseils d’administration qui représentent une infime minorité.
Et, bien sûr, nous continuerons à populariser le« plan d’urgence » que nous n’avons jamais cessé de défendre :
- interdire les licenciements dans les entreprises qui font des profits et imposer le maintien des emplois en défalquant des profits les sommes nécessaires ;
- imposer une augmentation de 300 euros de tous les salaires :
- mettre fin aux contrats précaires ;
- il faut rétablir l’impôt sur les bénéfices des sociétés à 50 % au moins et augmenter de façon conséquente l’imposition sur les hauts revenus ;
- arrêter toute subvention, tout aide, au patronat sous quelque prétexte que ce soit, en consacrant l’argent ainsi économisé à embaucher du personnel dans les hôpitaux, dans l’enseignement, dans un grand service public de construction de logements sociaux.
Bien entendu, nous ne dirons pas « voter pour nous pour que tout cela se fasse ». Et pas seulement parce que nous sommes conscients que seule une minorité votera pour ces objectifs.
Ce que nous dirons, c’est que ces objectifs sont vitaux pour que le monde du travail ne paye pas les dégâts de cette économie capitaliste poussive. Ces objectifs ne se réaliseront pas par la magie des résultats électoraux ou par des changements de majorité, mais par la lutte collective du monde du travail.
Mais l’élection présidentielle permet au moins d’être entendu par un public large. Et le vote lui-même, s’il ne permet pas de changer les choses, permet au moins de se prononcer par son bulletin sur les objectifs que nous défendrons afin qu’ils puissent devenir ceux des luttes ouvrières de demain !